Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/606

Cette page n’a pas encore été corrigée


Rambouillet, il faisait l’aimable, avec sa barbe grise, et rimait des chansons en l’honneur d’Arthénice ; mais il était trop vieux pour changer et ne réussissait qu’à se rendre ridicule, dans son rôle de galantin édenté, toujours crachotant. — Malherbe avait été aux gages de M. de Bellegarde, qui « lui donnait 1 000 livres d’appointement avec sa table et lui entretenait un laquais et un cheval. » Il eut dans la suite 500 écus de pension de Marie de Médicis, et de nombreuses gratifications, quémandées à la sueur de son front : « Malherbe, écrivait Huet, l’évêque d’Avranches, n’épargnait point sa veine pour se faire une meilleure fortune, et sa poésie, toute noble qu’elle est, n’est pas toujours employée noblement. De sorte que M. des Yveteaux disait qu’il demandait l’aumône le sonnet à la main. »

Il avait eu pour rival à l’hôtel de Rambouillet un Italien brillant et complimenteur, dont toutes ces femmes s’étaient engouées parce qu’on s’engoue toujours en France des écrivains étrangers, quand ils le méritent et même quand ils ne le méritent pas. Marini, — on l’appelait à Paris le cavalier Marin — qui, « les jours où il était simple, appelait la rose « l’œil du printemps [1], » travaillait alors à son Adonis, poème en quarante-cinq mille vers où chaque mot est à effet, et il ne parlait non plus que par pointes et antithèses. Le « rond » se pâmait d’admiration devant ce prétentieux personnage, au grand dégoût de Malherbe, qui en était confirmé dans son antipathie pour la littérature italienne. L’influence de Marini a été déplorable pour le premier salon de France : — « Il partit, mais il laissait en germe la préciosité [2]. »

Chapelain était fils d’un notaire de Paris et avait commencé par être précepteur. Il vécut ensuite de pensions : 2 000 livres de M. de Longueville, qui furent portées à 3 000 à l’apparition de La Pucelle, 1 000 livres de Richelieu, 500 écus de Mazarin. Il s’était fait donner plusieurs petits bénéfices à force de « courir après, » ne fussent-ils que « de cent francs. » Il avait, chose alors très rare, un bon traité avec son libraire : La Pucelle lui fut payée 3 000 livres. Chapelain était dans l’aisance. — C’était l’un des hommes de Paris les plus râpés, fripés, crasseux, minables, les plus « fagotés en auteur, » les plus caricature de la tête aux pieds. Le jour où il fut présenté à Mme de Rambouillet (en 1627), elle resta abasourdie, bien qu’elle eût déjà l’habitude des gens de

  1. M. Bourciez, loc. cit.
  2. Ibid.