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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/583

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Il avait laissé la Reine s’enferrer, « lui rendre plus de témoignages de sa bonne volonté qu’il n’en osait attendre, » et lui expliquer à sa manière, par de gros mensonges sans artifice, ses lettres à ses frères et à ses amis d’Espagne. Quelques mots avaient suffi ensuite pour la confondre, et la pauvre femme avait immédiatement perdu la tête. — « Alors, poursuit Richelieu, elle confessa au cardinal tout ce qui est dans le papier qu’elle a signé depuis, avec beaucoup de déplaisir et de confusion d’avoir fait les sermens contraires à ce qu’elle confessait. Pendant qu’elle fit ladite confession au cardinal, sa honte fut telle, qu’elle s’écria plusieurs fois : « Quelle bonté faut-il que vous ayez, monsieur le cardinal ! » Et, protestant qu’elle aurait toute sa vie la reconnaissance de l’obligation qu’elle pensait avoir à ceux qui la tiraient de cette affaire, elle fit l’honneur de dire au cardinal : « Donnez-moi la main, » présentant la sienne pour marque de la fidélité avec laquelle elle voulait garder ce qu’elle promettait ; ce que le cardinal refusa par respect, se retirant par le même motif au lieu de s’approcher. » Officiellement, Louis XIII pardonna l’intrigue du Val-de-Grâce ; mais les courtisans ne s’y trompèrent pas et désertèrent sans hésiter l’appartement de la Reine ; ils baissaient pudiquement les yeux en passant devant ses fenêtres. C’est alors que Mademoiselle survint, vers la fin du mois d’août. Elle put lire sa bienvenue dans tous les yeux. La gaieté devenait un devoir, les divertissemens une obligation ; ce fut un soulagement général : — « Je mis toute la Cour en belle humeur. Le Roi était alors en grand chagrin des soupçons qu’on lui avait donnés de la Reine, et il n’y avait pas longtemps que l’on avait découvert cette cassette qui donna sujet à ce qui se passa au Val-de-Grâce, dont on n’a que trop ouï parler. Je trouvai la Reine au lit, malade ; l’on pouvait l’être à moins, de l’affront qu’elle avait reçu. »

La moins contente ne fut pas Anne d’Autriche, qui put enfin se dégonfler le cœur. Mme de Saint-Georges, la gouvernante de Mademoiselle, était de ses familières. La Reine s’épancha avec elle, sa nièce en tiers pour ne pas donner l’éveil, et cette dernière se trouva ainsi maîtresse de secrets dont elle savait l’importance et le danger. Elle n’aurait demandé qu’à les trahir en écrivant ses Mémoires ; force lui est d’avouer, d’un ton penaud et en protestant de sa « douleur, » qu’il « ne lui en était jamais souvenu. »