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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/489

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liguaient guère entre elles, « par l’effet du caractère et aussi d’un orgueil qui leur inspirait un excès de confiance en leurs forces. » Ils n’avaient ni la sympathie rapide ni le besoin de compagnie qui entraînaient leurs voisins gaulois. Leur aspect même, leurs vêtemens noirs contrastaient avec les vêtemens éclatans et bariolés de la Gaule. Les Ibères étaient d’un génie médiocre, mais laborieux, agriculteurs, mineurs, attachés à la terre pour en tirer les métaux et le blé. Obstinés et indomptables, ils eurent plutôt le courage de la résistance que celui de l’attaque, si familier aux Gaulois : pour les unir entre eux, il fallut la conquête du dehors, la conquête du dedans ; et ce sont d’autres races, plus expansives et plus unitaires, qui ont tout ramené, à grand’peine, sous un même joug.

L’énergie de résistance éclate dans la défense de l’Espagne contre les Romains, dans ces deux siècles de guerre opiniâtre que le vainqueur dut subir. Les prisonniers embarqués comme esclaves et perçant la cale du navire pour couler dans la mer avec leurs nouveaux maîtres ; le pâtre Viriathe, neuf ans invincible, jusqu’à ce que Rome le fit assassiner ; les 60 000 légionnaires de Scipion et la famine ne pouvant réduire les 4 000 Numantins, qui aimèrent mieux mourir que de se rendre ; Sertorius battant Metellus et Pompée ; César s’étonnant de voir à Munda, pendant une journée entière, la victoire indécise ; enfin, sous Auguste même, les gorges des Cantabres et des Asturies toujours remuantes : ce sont là les preuves d’une volonté pleine d’énergie, ramassée sur elle-même jusqu’au moment où, d’une seule détente, elle fait explosion et frappe.

Une certaine quantité de sang germain, qui devait modifier le caractère ibérique, fut introduite en Espagne par les Wisigoths, établis dans la vallée de l’Èbre ; par les Suèves, dans la Lusitanie ; par les Vandales, dans la Bétique. On sait que les Wisigoths furent, de tous les barbares, les plus doux et les plus aptes à la civilisation ; chrétiens de bonne heure, parlant la langue de Rome, plies à ses institutions, ils avaient à la fois le courage aventureux et la réflexion des races germaniques, avec le sentiment très développé de la liberté individuelle. « Celui-là seul qu’ils avaient élu, ils le reconnaissaient pour chef. » L’institution élective ne put jamais être abolie : rarement un souverain put faire agréer son fils, et toujours le nouveau roi dut être reconnu par l’assemblée des soldats, des grands et des évêques. Les rois