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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/483

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pu imaginer mieux ? Enfin, parmi les sentimens tout à fait mauvais que nous ne voulons pas encore attribuer définitivement au ministère, ou du moins à tous ses membres, il y a eu sans doute la pensée qu’en sonnant un hallali vibrant contre les royalistes, coupables sans doute de quelques imprudences, on lancerait le parti républicain, d’autant plus courageux qu’il aurait eu peur, dans la voie des représailles anti-libérales, et qu’on l’y conduirait ensuite très rondement et très loin. Nous verrons, de tous ces pronostics, quels sont ceux qui se trouveront les plus exacts. Quoi qu’il en soit, le sort en est jeté ; le décret convoquant la Haute-Cour a été signé, et ce tribunal d’ordre supérieur, mais de caractère purement politique, se réunira le 18 septembre, c’est-à-dire dans très peu de jours. Nous saurons alors, avec plus de certitude qu’aujourd’hui, si le ministère a vraiment voulu sauver la République, ou s’il n’a songé qu’à se sauver lui-même.


Les nouvelles qui viennent de Londres, au sujet des affaires du Transvaal, ne sont pas bonnes. Depuis quelques mois, les chances de paix et de guerre passaient par des alternatives successives : aujourd’hui, ce sont les chances de guerre qui dominent et tout fait craindre qu’elles ne finissent par l’emporter absolument.

Il n’est peut-être pas bien utile d’entrer dans le détail des négociations qui se sont poursuivies ; on risquerait de s’y embrouiller et de s’y perdre sans grand profit pour l’intelligence de la situation. Nous ne saurions dire, de M. Chamberlain et de M. Krüger, lequel des deux a montré le plus d’ingéniosité et de subtilité ; ils en ont dépensé l’un et l’autre de véritables trésors, qui ne sont d’ailleurs pas tout à fait perdus, puisque M. Chamberlain en a rempli au moins une douzaine de Livres bleus. Il est vrai qu’on en a lu seulement ce que les journaux ont reproduit. Les propositions de M. Chamberlain et les contre-propositions de M. Krûger indiquent chez celui-ci et chez celui-là une égale ténacité, et il n’y a évidemment aucune raison pour que ce genre de jeu finisse, à moins que, d’un côté ou de l’autre, on ne l’interrompe brusquement et brutalement. Mais il semble bien qu’on en soit là. Un conseil des ministres s’est réuni très extraordinairement à Londres, il y a quelques jours. La session parlementaire avait été close environ trois semaines auparavant ; le monde politique était dispersé ; il a fallu faire revenir les ministres, qui étaient tous en villégiature. Leur réunion a été présidée par lord Salisbury, et il y a lieu de croire qu’elle ne s’est pas rompue sans que des décisions graves aient été prises. Une espèce d’ultimatum a été envoyé à Pretoria. M. Krüger devra cette fois y