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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/342

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Or, quel pays a fourni à l’Eglise les éducateurs assez généreux pour accepter une pareille tâche, assez actifs pour l’entreprendre aussitôt consentie, assez désintéressés pour n’effaroucher pas, dès le premier appel, ces chrétientés soupçonneuses ? Un seul, la France. Français, les Lazaristes qui, après la guerre de Crimée, favorisèrent les premiers le réveil du peuple Bulgare, satisfirent sa volonté de revenir à la liturgie slave, espérèrent un instant le ramener tout entier au catholicisme, et, par la formation d’un clergé Bulgare, ont fondé dans ces contrées une Eglise-Unie. Français, les Dominicains auxquels Pie IX en 1856 montrait la Mésopotamie abandonnée, et qui par des moyens semblables ramènent à l’unité les Chaldéens. Français, les Jésuites qui, chassés de France en 1880, étaient présens dès 1881 en Arménie pour y accroître les forces des Arméniens-Unis, et en Egypte pour donner de vrais prêtres à l’Eglise Copte. Français, les Pères Blancs auxquels est échue en 1880 la charge de former un sacerdoce Syrien pour rendre conquérant le rite des Grecs-Melchites. Français, les Augustins de l’Assomption qui en 1895 entreprenaient de lutter contre l’orgueil grec dans Byzance et de préparer par des prêtres de race grecque la lutte contre l’orthodoxie. Sans les Français, Rome aurait pu concevoir le plan de ses présentes conquêtes. Sans eux, elle n’aurait pu l’exécuter. C’est toujours la même race qui, à travers les temps, à tous les courages fournit les armées. C’est elle qui a versé le plus de sang pour délivrer la chrétienté de l’Islam ; c’est elle qui depuis trois siècles a dépensé le plus d’existences à combattre, par toutes les formes de la générosité, toutes les misère matérielles et la cécité intellectuelle de l’Orient ; c’est elle qui commence à préparer la suprême victoire, et, arrachant les peuples déchus à leur misère morale, à rétablir l’unité de la foi. Il n’y a pas à s’étonner qu’au moment où elle fournissait cette dernière preuve, le Pape n’ait pas consenti à affaiblir le protectorat de la France et ait tenu à le consacrer. Et il n’est pas nécessaire d’expliquer par les préférences du Saint-Père pour la France un acte qui vaut mieux pour la Papauté et pour la France, car il est un acte de justice, et il a suffi pour le signer que Léon XIII songeât à l’intérêt de l’Église,

La France est-elle moins intéressée au succès de cet apostolat religieux ?