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qui attendait les élèves. Et comme ces maîtres resteraient auprès des générations formées par eux, leur influence se prolongerait au-delà de leurs leçons, ils veilleraient sur les disciples devenus guides à leur tour, les disciples sauraient où rajeunir leur force contre les tentations, les langueurs, et, dans les aridités de leur ministère, auraient pour guide leur nuée lumineuse, comme les Hébreux dans le désert. Les services que ces maîtres fixés à demeure trouveraient occasion de rendre, leur familiarité dans la langue indigène, la lente alluvion des habitudes locales dans leur propre vie concourraient à faire pardonner, presque oublier leur vice originel de Latins. Ils l’effaceraient si, non contens d’enseigner au clergé le rite de son Eglise, ils s’agrégeaient eux-mêmes à ce rite, et si, au lieu que Rome parût occupée de sacrifier les droits des Orientaux à son omnipotence, les Latins se faisaient Orientaux pour rendre la vie à ces antiques Eglises.

Sans abandonner le soin des chrétientés latines qui s’étaient formées, bien faibles en Asie et en Afrique, plus nombreuses dans les régions où Venise avait préparé l’influence de l’Occident, les ordres religieux ont assumé la tâche nouvelle, et se la sont partagée. Parmi eux, des volontaires se sont adonnés aux langues liturgiques et aux traditions de tous les rites orientaux. Par ces hommes, des séminaires ont été ouverts dans chacune des contrées qui possèdent une religion nationale. Dans ces séminaires, tout l’enseignement instruit les élèves indigènes à connaître et à honorer leur rite, les maîtres gardent pour eux seuls leurs usages de Latins ; parfois ils entrent eux-mêmes dans le rite qu’ils enseignent, en prennent le costume, en accomplissent toutes les observances. Partout le succès a récompensé l’effort. Ces séminaires attirent presque tous les indigènes qu’attire le sacerdoce, et sous le respect gardé pour les formes extérieures de ces Églises, la discipline religieuse de l’Occident pénètre ces âmes orientales et les élève. Déjà parmi ces jeunes disciples se sont recrutés des prêtres, des évêques, des patriarches. Les maîtres demeurent, sous leurs robes blanches ou noires, les derniers, tandis que leurs élèves montant en dignité, deviennent leurs supérieurs. Il faut avoir vu l’humilité de ces hommes avancés en savoir et en âge devant les jeunes prélats, leur œuvre ; il faut avoir vu la déférence de ces jeunes dignitaires devant leurs maîtres, toujours leur modèle, pour comprendre que les préjugés de l’Orient ne sont plus invincibles aux vertus de l’Occident.