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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/340

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des patriarches schismatiques était utile pour relever les rites-unis d’une infériorité apparente, sauvegarder les intérêts matériels des Orientaux fidèles à Rome, et rassurer ces Eglises. Elle seconda par la création de patriarches nationaux, partout où un rite avait gardé ou repris quelque importance, l’effort de la diplomatie française pour obtenir à chacun de ces rites une autonomie. C’est ainsi qu’en 1848, les Grecs-Melchites furent soustraits à la juridiction du patriarche œcuménique et formèrent un groupe autonome sous un patriarche de leur foi ; qu’en 1861, les Chaldéens catholiques obtinrent sous leur patriarche une égale indépendance ; qu’en 1866, la Porte reconnut de même le patriarcat des Syriens-catholiques ; qu’en 1867, les Arméniens catholiques, jusque-là divisés, s’unirent sous un seul patriarche et obtinrent du Sultan la reconnaissance de cette unité ; qu’en 1895, la dignité patriarcale fut rétablie par Rome en faveur des Coptes.

Plus le droit des Orientaux à gouverner leurs Eglises était reconnu, plus il devenait urgent d’assurer au sacerdoce de ces Églises cette « dignité orientale » que Léon XIII leur rappela par l’encyclique de ce nom. Et plus ces Eglises avides d’indépendance se trouvaient amoindries de savoir et de zèle, plus il leur était nécessaire de demander le zèle apostolique à ceux qui ne l’ont pas perdu. Le concours du clergé occidental est indispensable aux Églises indigènes, et le temps n’est pas proche où, transformé par cette influence, le clergé oriental n’aura plus besoin que de lui-même pour garder et transmettre le mérite d’une vie pénitente et active au milieu de mœurs dissolues, et sous un ciel de paresse. Mais encore fallait-il que cette aide nécessaire fût offerte de façon à ne pas fournir prétexte au préjugé répandu contre les Latins. Si l’on voulait vivifier les Eglises, il ne s’agissait pas de former à la vie sacerdotale quelques privilégiés, mais de l’offrir à tous les jeunes clercs, et, pour cela, de la porter où ils vivaient. L’établissement de séminaires ouverts en chacun de ces pays par des prêtres occidentaux était le seul moyen d’agir avec ensemble sur la jeunesse sacerdotale de l’Orient. Donnée là, l’éducation ne gagnerait pas moins en efficacité, car la vue immédiate, la connaissance continue des races auxquelles appartenaient les futurs prêtres et des dangers contre lesquels ils devaient être forts, inspirerait aux maîtres, outre la sagesse des principes, la sagesse des lieux, et les conseils pris sur la mesure de la vie