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soldats fut pour le Levant. Assembler pour le culte et la prédication les Latins dans les églises, instruire les Latins dans les écoles, soigner les Latins dans les hôpitaux, consoler les Latins dans les bagnes que la piraterie remplissait de captifs, — tels furent dès lors les multiples théâtres de l’action catholique.

Elle s’exerçait en toute liberté sur les siens. Mais les siens n’étaient que des individus perdus parmi des nations : nations chrétiennes, mais infectées par les hérésies des premiers siècles ou par le schisme byzantin ; nations musulmanes, plus nombreuses encore, et plus ennemies. Cette évidence accablait les missionnaires parmi toutes les activités de leur ministère : borner tous leurs soins au salut personnel de quelques âmes quand des sociétés entières ignoraient la vérité ! L’œuvre essentielle était de convertir les gentils, de ramener à l’unité religieuse les chrétientés dissidentes et les musulmans. Si la folie de la croix conçut l’audace d’un tel dessein, la prudence humaine adopta la seule conduite qui permît d’entreprendre la lente exécution. Les préjugés des orthodoxes étaient si haineux contre la foi catholique, et le fanatisme des Turcs était si violent que toute tentative directe de conversion sur les uns et sur les autres aurait eu pour unique résultat des émeutes populaires et des massacres. Avant de changer leurs croyances, il fallait se faire pardonner de croire autrement qu’eux.

Ce monde oriental n’avait pas d’yeux pour les détresses humaines partout gisantes sous son soleil. Les Turcs ne leur avaient jamais cherché de remède, et les chrétientés elles-mêmes semblaient avoir emprunté à l’Islam son fatalisme en face de l’ignorance, des infirmités, de la maladie, de la faim. C’est par ces misères que l’Eglise catholique résolut de commencer la guérison de ses ennemis. Elle ouvrirait, où les populations schismatiques et musulmanes étaient le plus à l’abandon, des écoles, des orphelinats, des hôpitaux et des hospices ; ceux à qui elle confierait cette tâche s’abstiendraient de propagande ; rien ne dirait leur foi que leur costume et leurs vertus ; cette prédication, au lieu de choquer des cerveaux fermés, surprendrait peut-être l’accès des cœurs ; bienfaisans et silencieux, ces travailleurs attendraient le jour où leurs services auraient intercédé pour leurs doctrines. Ce travail d’approche autour des religions adverses a été la seconde forme de l’activité catholique. Commencée dès le XVIIe siècle, elle a été dans le Levant l’œuvre essentielle du siècle qui finit.