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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/326

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Pourquoi hésiterions-nous à préparer ces résultats ? Par crainte de désobliger la Russie ? Certes il ne faut pas traiter légèrement l’alliance d’une nation puissante : mais qui rend une alliance précieuse ? Les profits que chacun des alliés s’assure. Quels sont les nôtres ? Sur le Rhin, ou plutôt sur les Vosges, la Russie nous garantit contre une attaque de l’Allemagne. C’est beaucoup de n’avoir pas à craindre pour la Franche-Comté ou la Champagne, mais cela ne nous restitue ni l’Alsace ni la Lorraine, et comme d’ordinaire l’agresseur n’est pas celui qui a pris et garde, mais celui qui se croit dépouillé, nous demeurons seuls s’il s’agit de revendiquer nos provinces perdues. Dans les Lieux Saints et en Syrie, notre ancienne prédominance n’est combattue par personne avec autant d’ardeur que par notre alliée. En Chine elle songe à nous pour soutenir ses prétentions et moins pour partager les bénéfices. Ceci n’est pas un reproche contre la Russie, mais contre nous. Elle a joué son rôle, nous n’avons pas joué le nôtre. Chacun, dans les amitiés politiques, travaille pour soi et laisse à l’autre le soin de réclamer l’aide qu’il désire : nous n’avons rien demandé. Le temps est venu de renoncer à cette alliance où il semble que nous suffise l’honneur de suivre la Russie où il lui plaît. Voulons-nous prévenir des malentendus et de fâcheuses habitudes, voulons-nous que la Russie estime à sa valeur notre concours, sachons dire avec bonne grâce et netteté que notre amitié est toujours prête aux avances, mais qu’elle compte en être remboursée. Indiquons-les points du monde où nos intérêts nous semblent essentiels et où nous espérons, au lieu de concurrence, un appui. Et ne dissimulons pas que nos principes et notre sécurité nous commandent de favoriser dans les Balkans, contre la poussée du germanisme, l’indépendance et la fédération des petits peuples. Il n’y a pas à le dissimuler, nous troublons ainsi la politique d’assoupissement que la Russie préférerait. Mais comme elle est vis-à-vis des Slaves prisonnière de la mission qu’elle s’est donnée, elle ne peut permettre qu’un autre peuple les favorise et les serve sans elle-même les favoriser et les servir, et de bon ou de mauvais gré elle nous suivra. Négligeons les nationalités Slaves : comme personne ne s’occupera d’elles, la Russie a prétexte pour les oublier sans paraître les trahir ; que nous soyons entraînés dans une guerre, les Slaves, ignorés par nous, resteront indifférens à notre sort ; et la Russie, ne voyant pas ses intérêts d’Europe engagés dans la querelle, sera tentée de mettre à profit