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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/240

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manière la plus longue, à la vérité, mais, à tous égards, lamoins coûteuse de venir à bout d’une rébellion dont il a été le premier surpris. Le dénouement montrera s’il ne s’est pas trompé dans ses prévisions, et si, après la faute initiale, il a usé du meilleur procédé pour réduire la place. Mais ce procédé même, pourquoi en a-t-il usé si tard ? Puisqu’il devait finalement y recourir, et qu’une note officieuse a fait savoir que telle avait été son intention dès le premier moment, pourquoi a-t-il attendu plusieurs jours avant de fermer son blocus ? Pendant plusieurs jours, il y a eu des allées et des venues mystérieuses entre la rue de Chabrol et la place Beauvau. On a pu croire qu’une négociation était engagée, avec le concours des plus étranges émissaires, entre M. Guérin et M. le ministre de l’Intérieur. Un moment même, la dignité du gouvernement y a paru compromise. M. Guérin n’a pu qu’en être encouragé à persévérer dans ses allures de matamore, et c’est ce qu’il a fait. Le siège a enfin commencé après un temps inutilement perdu, et il se prolonge encore au moment où nous écrivons, sans qu’on puisse dire comment il se terminera. Sans doute la force restera à la loi ; mais à quel prix ? Le gouvernement a reculé devant l’effusion du sang ; mais quelle sera l’issue de cette échauffourée héroïcomique, où l’on voit une poignée d’hommes mettre la force publique dans un tel embarras qu’elle n’attend plus que du temps et de la patience le respect que la rébelUon lui refuse, et qu’elle se serait assuré, en d’autres temps, par des procédés plus expéditifs et plus sûrs ? Le gouvernement, si énergique à dénoncer un complot, ne paraît plus aussi sûr de lui dans l’action, dès qu’on lui résiste. Il hésite, il tâtonne » il attend, — et il lui arrive d’être surpris par l’événement.

l’a été, par exemple, et dans des conditions fort graves, le dimanche 20 août. Pour la première fois depuis de longues années, on a vu une émeute sillonner les rues de Paris. Nous ne voulons grossir le mal, ni dans son étendue, ni dans sa durée : ce serait donner raison à certains journaux étrangers qui représentent la ville tout entière comme livrée, pendant plusieurs jours de suite, à la révolution ; U semble, à les lire, qu’U y ait péril pour un étranger à venir à Paris, et c’est bien ainsi sans nul doute qu’ils désirent être compris. La vérité est que le désordre a duré seulement pendant quelques heures, et qu’U a été étroitement cantonné dans un coin de Paris : dans tout le reste de la ville, le calme a été absolu, et le lendemain, même dans le quartier le plus éprouvé, on n’aurait pas pu se douter des événemens de la veUle. Ils n’avaient pas laissé de trace. Mais, "sile mal matériel a été insignifiant, le mal moral a été considérable, et le gouvernement, qui a fait