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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/239

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procédés équivoques, d’abord parce qu’ils n’en avaient pas besoin pour se justifier et se légitimer eux-mêmes, et aussi parce qu’ils n’étaient pas, en vertu de leur composition, obligés de compter avec certaines influences, habituées à régner souverainement ou plutôt tyranniquement dans tous les milieux où on a eu la faiblesse de leur donner accès. Si nous nous trompons, le procès le dira : jusqu’à preuve du contraire, nous ne croyons pas à la réalité d’un complot digne de la mise en scène qu’on prépare. Nous ne croyons pas que M. Déroulède soit entré de sa personne dans une conspiration monarchiste ou impérialiste : cela dérangerait toutes les idées que nous avons sur lui. Et ce ne sont pas quelques velléités sans portée, ni quelques imprudences sans gra^dté, à supposer même qu’on nous les montre, qui nous feront croire à une de ces conspirations où l’Etat est sérieusement en danger.

Non pas, certes, que nous méconnaissions le péril ; mais il n’est pas où on le met. Il est dans l’anarchie générale dont nous souffrons, et qui se manifeste jusque dans les tentatives par lesquelles le gouvernement croit faire acte d’autorité. Qu’y a-t-il de plus triste, en somme, avec le caractère à la fois tragique et bouffon de l’aventure, que ce qui se passe en ce moment dans une maison de la rue Chabrol ? Quelle preuve plus manifeste de maladresse ou d’impuissance un gouvernement pouvait-il donner ? S’U y a complot, M. Jules Guéiin devait en être ; on aurait été très étonné qu’il n’y fût pas plus ou moins impliqué. On le savait, d’ailleurs, homme d’énergie, et très capable de coups de main. Dès lors, comment n’a-t-on pris, en ce qui le concerne, aucune précaution préalable ? Il fallait agir avec lui vivement et rapidement ; on a fait le contraire. On lui a donné le temps de se réfugier ^ans une maison où il avait depuis longtemps entassé des armes, des munitions et des ivres. Eh quoi ! personne ne le savait ? La poUce ne connaissait pas l’état intérieur de l’immeuble de la rue de Chabrol ? Elle ne se doutait pas des préparatifs faits par M. Guérin et ses compagnons ? Une telle ignorance est étrange. Et s’il n’y a pas eu ignorance, mais abstention et inaction, on a de la peine à excuser la police d’avoir laissé s’organiser et se ravitailler en plein Paris, en vue d’éventuaUtés qui devaient inévitablement se produire un jour ou l’autre, ce que, dans la langue populaire, on appelle le fort Chabrol. Comment avoir confiance, pour nous protéger contre les grands dangers, dans un gouvernement dont on pourrait dire que lui-même, par l’excès de sa maladresse, en crée un de toutes pièces ? Il a entamé enfin et il poursuit l’investissement du fort Chabrol. Il a pensé que c’était la