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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 154.djvu/457

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REVUES ÉTRANGÈRES



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DOCUMENTS NOUVEAUX SUR FRÉDÉRIC NIETZSCHE


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Jacob Burckhardt et Friedrich Nietzsche, Briefwechsel ; R. Fr. v. Seydlitz, Friedrich Nietzsche ; M. von Meysenbug, Der Lebensabend einer Idealistin ; etc.



Il y avait à Bâle, vers 1875, deux professeurs de l’Université qui passaient pour les deux hommes les plus savans de la ville. Tous deux étaient célibataires ; et, malgré leur grande différence d’âge, une étroite amitié s’était formée entre eux. On se racontait même avec respect, dans Bâle, qu’à de certains soirs, quand ils se réunissaient l’un chez l’autre devant une bouteille de vieux vin du Rhin, ils avaient l’habitude de pencher d’abord leur verre et d’en laisser tomber quelques gouttes, en manière de libation aux démons de l’amitié.

Le plus âgé des deux amis était professeur d’histoire. C’était le célèbre Jacques Burckhardt, un des hommes qui, dans notre siècle, ont le mieux connu la de et l’art de la Renaissance. Son Histoire de la Civilisation en Italie durant la Renaissance reste aujourd’hui encore, comme l’on sait, l’œuvre la plus sûre et la plus complète qu’on ait écrite sur ce vaste sujet : et l’on sait aussi quelle source incomparable de renseignemens historiques et critiques est son Cicerone, ou Guide destiné à faciliter aux voyageurs la jouissance de l’art italien. Ce que l’on sait moins, peut-être, c’est que les sages et pénétrantes recherches de Burckhardt ne se sont point bornées à l’Italie de la Renaissance. Une grande étude sur Rubens, qu’on a publiée après sa mort, il y a deux ans, et une série de leçons sur l’art grec, qui viennent de paraître, en même temps qu’elles nous montrent combien était active et variée la