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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/960

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trembler au moment de les voir apparaître, et se demandent s’il sera bien facile de s’en débarrasser Bref, M. Dupuy, après avoir, par la seule puissance de ses adjurations, mis en fuite l’armée de la réaction, a laissé face à face l’armée de la révolution et la police. Ceci n’a jamais tué cela, mais les deux n’ont jamais vécu en bonne intelligence. Les choses se sont pourtant passées infiniment mieux qu’on ne pouvait l’espérer. D’abord, M. le Président de la République a été très chaudement applaudi. Ensuite, il n’y a eu que quelques horions, encore n’ont-ils été distribués sérieusement que tout à la fin de la soirée. Mais M. Vaillant, député socialiste, veille tard, et il a été témoin de scènes qui ont attristé et agité son sommeil. Il s’en est plaint, le jour d’après, à la tribune du Palais-Bourbon, et M. Dupuy a été renversé pour avoir perpétué les pires procédés de l’Empire. On serait tenté de rire d’un pareil grief, si la situation ne restait pas aussi grave. Veut-on toute la vérité ? Eh bien ! malgré ses travers et ses insuffisances, M. Dupuy ne manque pas d’intelligence ni d’adresse, mais il manque de mesure et de tact, et cela est irréparable. Il s’est montré dimanche dernier lourdement provocant, et s’est exposé à un ridicule qui’a perdu. Mais mourir d’un coup de pied des socialistes, après tout ce qu’il avait fait pour eux, c’est mourir deux fois

Tant d’émotions de toutes sortes ont eu sur le parlement un contrecoup dont les effets méritent d’être signalés. A voir les conciliabules que l’on y tient dans tous les coins, les marches, les démarches, les contremarches des uns et des autres il semblerait vraiment que nous fussions revenus aux époques les plus troublées de notre histoire. On se demande si la République est en péril, ou si elle ne l’est pas. Le groupe socialiste a déclaré qu’elle ne l’était pas, mais qu’il fallait faire comme si elle l’était, c’est-à-dire réunir toutes les forces républicaines pour en écraser la réaction. En d’autres temps, un appel à l’union, conçu dans de pareils termes, ayant un tel objet, et surtout venant d’un tel côté, n’aurait pas été entendu, aujourd’hui, il a été. Est-ce une comédie qu’on joue, ou croit-on sincèrement à un danger véritable ? Nous penchons plutôt vers la première hypothèse. Quoi qu’il en soit, tous les groupes républicains du parlement, Chambre et Sénat réunis, — ont formé une espèce de Comité de salut public, qui constitue l’assemblage le plus étrange, le plus hétérogène, le plus hétéroclite d’hommes divers et de principes contradictoires. Ce Comité se tenait déjà en permanence sous le ministère Dupuy, et il envoyait à M. le président du Conseil des délégués qui entretenaient avec lui un dialogue continuel sur tous les sujets courans de politique et