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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/955

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achèverait de perdre les forces qui lui restent. Le renouvellement ou la prolongation des épreuves qu’il vient de traverser serait pour lui intolérable. Pourtant il y a des gens qui les demandent. Ils se complaisent dans les conséquences qu’ils ont su tirer de l’affaire Dreyfus, et ils veulent en tirer de nouvelles. De judiciaire qu’elle était au début, l’affaire est devenue entre leurs mains non seulement politique, mais sociale. Les partis se sont classés relativement à elle de la manière la plus artificielle à coup sûr, mais aussi la plus passionnée et la plus violente. Radicaux et socialistes se sont mis d’un côté ; la plupart des conservateurs se sont aussitôt mis de l’autre : les premiers attaquant l’armée, la magistrature et le clergé lui-même, comme s’ils pouvaient être rendus responsables des fautes de quelques hommes ; les seconds les défendant quelquefois avec des moyens dont la bonne intention n’était égalée que par la maladresse.

Mais que venaient faire ici l’armée, et surtout le clergé ? De quel droit les mêlait-on à cette querelle ? Si quelques très rares militaires, sous les injures et les outrages dont ils étaient assaillis, ont laissé échapper un cri de douleur, ou même de colère, nous ne saurions leur en vouloir ; — la patience humaine a ses bornes ! — mais ils ont été une exception. L’armée, prise dans son ensemble, s’est tue comme elle a coutume de le faire, et jamais peut-être l’autorité de la discipline ne s’y était montrée plus forte, ni plus respectée. Pour ce qui est du clergé dont on parle tant, nous serions curieux de savoir où, quand, comment, un seul de ses membres a manqué à la discrétion et à la réserve que son caractère lui commandait ; et que ses adversaires observaient si peu. Les radicaux et les socialistes ont continuellement dénoncé l’ingérence « cléricale » sans la découvrir jamais. N’importe ! ils ne parlent aujourd’hui de rien moins que de porter atteinte à la liberté de l’enseignement, ou même de la supprimer, car, paraît-il, c’est elle qui est la grande coupable. Voilà les représailles ! Elles consistent à multiplier les dénonciations, à ouvrir précipitamment des poursuites contre des officiers dont les responsabilités ne sont pas encore certaines, enfin à menacer, au nom « des droits de l’homme et du citoyen, » nos libertés les plus précieuses, et, quoi qu’on en dise, les plus innocentes du mal présent. Le supporterons-nous ? A cette question, la conscience publique a répondu non ; mais il semble bien qu’au moins sur quelques points le défunt ministère, moins courageux, avait répondu oui. Pourquoi, sans même attendre l’arrêt de la Cour de cassation, a-t-il fait arrêter le colonel Du Paty de Clam ? Nous n’en savons rien ; nous le saurons sans doute plus tard. Mais nous savons