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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/579

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mon pays ont pu être en péril, j’ai fait la paix. — Est-ce à dire maintenant que nos efforts et nos sacrifices aient été en pure perte ? Non… En quatre combats et deux batailles, une armée nombreuse, qui ne le cède en organisation et en bravoure à aucune, a été vaincue. Le roi de Piémont, appelé jadis le gardien des Alpes, a vu son pays délivré de l’invasion, et la frontière de ses Etats portée du Tessin au Mincio. L’idée d’une nationalité italienne est admise par ceux qui la combattaient le plus. Tous les souverains de la péninsule comprennent enfin le devoir impérieux de réformes salutaires. — Ainsi, après avoir donné une nouvelle preuve de la puissance militaire de la France, la paix que je viens de conclure sera féconde en heureux résultats ; l’avenir les révélera chaque jour davantage, pour le bonheur de l’Italie, l’influence de la France, le repos de L’Europe. »

Ce beau langage se résume en deux mots : « En présence du Piémont insuffisant, de l’Italie inerte, de l’Allemagne en armes, de la révolution en éveil, l’exécution de mon programme était au-dessus des forces de la France seul, et voilà pourquoi j’ai dû m’arrêter. » — « Sire, je vous approuve, » répond l’histoire.

Dès qu’il fallait absolument une paix immédiate, celle de Villafranca était la moins mauvaise qu’on pût faire. Elle n’en fut pas moins un immense malheur pour nous. Venise affranchie en même temps que la Lombardi, l’Empereur n’aurait pas eu la tentation de favoriser la conquête prussienne en Allemagne, afin d’achever par autrui la libération qu’il était décidé à ne pas compléter lui-même par une nouvelle guerre franco-sarde ; Venise affranchie, la Confédération n’eût pas été sans chances de s’établir et l’unité piémontaise ne serait pas devenue inévitable.


VII. — LE GÉNÉRAL EN CHEF ET SON ARMÉE
I

Cette guerre d’Italie augmenta la renommée et l’ascendant de Napoléon III. Il avait montré à la finir autant d’art diplomatique qu’à la commencer, et pendant sa durée, malgré son assoupissement d’initiative de Novare à Solferino, il avait fait remarquable figure. Les Italiens n’eussent pas mieux demandé que de hisser leur roi au-dessus de lui ; ils n’osèrent pas braver l’évidence. « Si