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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/576

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La Reine est moins désappointée que ne paraît l’être lord Palmerston, car elle ne s’est jamais flattée de l’espoir que le coup d’Etat et l’Empire auraient pour conséquence l’établissement de nationalités indépendantes et la diffusion du régime constitutionnel et de la liberté. » La majorité du Conseil adopta l’avis de la Reine.

A Paris, l’opinion, très agitée, avait suivi avec fièvre les événemens. Le peuple se réjouissait des victoires dont il n’avait pas douté. « Moustachu, disait un ouvrier, est le plus fort, il a les papiers de son oncle. » Les républicains formalistes avaient applaudi, pourvu qu’il fût bien entendu que le victorieux n’était pas l’Empereur, mais Mac-Mahon, ou tout autre. Les radicaux avaient entrevu les révolutions prochaines et une de celles qu’ils souhaitaient le plus, la destruction du pouvoir temporel du Pape. Les anciens partis avaient pronostiqué si haut les revers, même l’invasion, qu’il n’était pas calomnieux de supposer qu’ils les souhaitaient : la langue de la presse s’était déliée plus que de coutume à exprimer ces sentimens divers, et le Courrier du Dimanche avait été frappé d’un avertissement pour avoir remarqué qu’à Magenta, tandis que le ministre de la loi de sûreté générale, Espinasse, était tué, le seul sénateur qui eût voté contre, Mac-Mahon, sauvait l’armée.

A l’annonce de la paix, le parti démocrate, qui s’était compromis par son adhésion, éclata en fureurs ; Jules Favre était décontenancé, Havin tellement penaud qu’il n’exprima pas même une opinion dans son journal, jusqu’à ce que, mandé au ministère de l’Intérieur, on lui eût notifié qu’on préférait le blâme au silence. Il s’exécuta et publia, le lendemain, une approbation embrouillée et piteuse. Henri Martin, qui trouvait naturel alors qu’on aidât l’homme de Décembre, se montrait grotesque de désappointement. Les envieux des Cinq, qui avaient spéculé sur leur abstention pour prendre leur place, étaient interloqués. « Cette paix est une grande infamie, écrivait Lanfrey, le caricaturiste de Napoléon Ier, et il faut avoir le dilettantisme de lâcheté qu’on possède aux Débats pour s’en réjouir. » Et lui-même finissait par s’en moins affliger par un autre dilettantisme, celui de la haine : « Quel deuil et quel outrage c’aurait été pour tout ce qui pense, souffre, aime, espère, croit à la justice et à la vérité, si ce misérable avait pu, à si bon marché, passer grand homme ! » — Edgar Qui net n’était pas plus doux : « Nos vœux n’étaient-ils pas imprudens ? Celui qui eût véritablement affranchi l’Italie eût fondé une dynastie. Qui