Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/40

Cette page n’a pas encore été corrigée


sa droite. Comme il arrive toujours dans les conseils de guerre, les avis se divisèrent. Martimprey et Lebœuf approuvèrent, Vaillant et Frossard soutinrent l’ancien plan.

L’Empereur écoute, sans exprimer d’opinion, licencie le conseil, et deux heures après, il expédie ses ordres. Son mouvement commencera le 28. — « Vous serez en tête, dit-il à Victor-Emmanuel, je veux que vous ayez le premier l’honneur de vous mesurer avec les Autrichiens. » — Le Roi remercie avec chaleur.

La marche de flanc en échelons successifs le long du front d’une armée ennemie est certainement l’opération la plus scabreuse qui soit à la guerre, car, si l’ennemi s’en aperçoit, il s’enfonce dans votre flanc et le coupe en deux. La célérité et le secret sont donc les conditions essentielles de la réussite. Le secret fut bien gardé. Giülay, amusé par un semblant de concentration à notre droite et par l’établissement d’un pont à la Cervesina, ne soupçonna rien et continua à nous attendre à Plaisance et Stradella. Les diverses voies de communication utilisées par nous, nos troupes défilèrent sur un arc de cercle de cent kilomètres dont les Autrichiens tenaient la corde, si rapidement que ceux-ci ne s’en doutèrent pas. Il y eut rencontre le 30 mai seulement, tout à la fin de la manœuvre.

Victor-Emmanuel avait l’ordre de s’établir à Palestro, afin d’assurer à l’armée française le passage de Vercelli et la liberté de son développement. Ses quatre divisions se heurtèrent à une division autrichienne. Elles la culbutent, mais sans l’anéantir ; le lendemain, une seconde division autrichienne vient au secours de la première, et toutes deux réunies recommencent l’attaque. Aux quatre divisions du Roi s’est ajouté aussi le 3e zouaves, placé ce jour-là sous les ordres de Victor-Emmanuel. Les Autrichiens, avec une intrépidité magnifique, et quoiqu’en si notable infériorité de nombre, semblent un moment l’emporter. Les zouaves se déploient en tirailleurs, le Roi se met au milieu d’eux. Le colonel de Chabron veut l’écarter : « Sire, retirez-vous, ce n’est pas ici votre place. — Dans le danger, répond le Roi, ma place est au milieu des miens, et vous êtes les miens aujourd’hui. »

Les zouaves, d’abord cachés par les blés et par une allée de peupliers, se précipitent dans l’eau jusqu’à la poitrine, passent à gué le Cavroscotti ; leurs munitions étant mouillées, ils se lancent à la baïonnette, refoulent les ennemis étourdis vers un canal profond de dix pieds et encaissé dans de hautes digues, les y culbutent