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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/355

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Victor-Emmanuel en fit autant ; l’Empereur tira de sa poche la lettre de l’Impératrice, la lut tout haut ; le Roi atterré l’écouta en silence, puis tous deux redescendirent pensifs, sans se dire une parole.

Cette scène n’avait eu pour témoin que le chef d’état-major Délia Rocca, amené comme guide, et qui, peu éloigné, entendit la lecture, tant l’Empereur la fit à voix accentuée. A déjeuner, un de ses voisins lui dit : « Eh bien ! général, que va-t-il arriver ? — J’ai été assez bon prophète jusqu’ici, je le serai encore en affirmant qu’il n’y aura plus de bataille sur la rive droite du Mincio. » L’Empereur, qui avait l’ouïe très fine, quoique séparé du général par la largeur de la table, l’entendit et, jouant sur le mot droite du Mincio, s’écria : « Belle prophétie, en vérité ! Comment y aurait-il encore une bataille sur la rive droite, puisqu’il n’y a plus d’ennemis ? » Entre Victor-Emmanuel et Napoléon III, il ne fut plus question de lettre, ils ne s’entretinrent que des dispositions à prendre le lendemain.


III

L’armée reçut l’ordre d’occuper la ligne Lonato-Castiglione-Carpenedolo, sur les positions Pozzolengo, Solferino, Giudizolo, d’où les Autrichiens devaient, le même jour, s’ébranler vers la ligne que les Français allaient quitter. Il était inévitable que l’on se heurtât en route.

Le terrain sur lequel on devait forcément se rencontrer, situé entre le sud du lac de Garde, le Mincio et la Chiese, se divise en trois zones différentes. A gauche, en regardant le Mincio, entre le lac de Garde et les hauteurs de Solferino, des collines et monticules confus, sur un desquels San Martino. Au centre, Solferino, sa vieille tour la Spia d’Italia, et plus en avant, après une dépression du terrain, Cavriana s’avançant comme un promontoire. A droite, une vaste plaine, en partie coupée de cultures, de canaux, rizières, prairies, ormeaux, mûriers, sauf une lande d’une lieue carrée, le Campo di Medole ; dans cette plaine, les villages de Medole, Giudizolo, Rebecco, Castel-Goffredo.

38 000 Piémontais devaient s’avancer à gauche contre les 25 000 hommes et les 84 pièces de Benedek. Au centre, Baraguay d’Hilliers, Mac-Mahon, la Garde, 52 000 hommes, devaient rencontrer les 50000 de Stadion, Clam-Gallas et Zobel. A droite, les