Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/287

Cette page n’a pas encore été corrigée


justes, des tours charmans, une expression particulière, tout couloit de source, tout persuadoit. Personne n’avait plus de belles lettres, ravissant à mettre les choses les plus abstraites à la portée commune, amusant en récits et possédant l’écorce de tous les arts, de toutes les fabriques, de tous les métiers [1]. » Et il termine par ce trait : « Il vouloit plaire au valet, à la servante, comme au maître et à la maîtresse. Il butoit toujours à toucher le cœur, l’esprit et les yeux [2]. »

Dans la circonstance, c’est au mari et à la femme qu’il aurait fallu dire. Par l’intermédiaire du duc de Chevreuse et même du duc de Beauvillier, il parvint en effet à plaire au duc de Bourgogne dont il flattait le goût pour les sciences. Toujours d’après Saint-Simon, il serait également parvenu à plaire à la duchesse. Cependant il devait lui faire un peu l’effet d’un vieillard, car il avait quarante-quatre ans. Mais il était de beaucoup supérieur à ce bellâtre de Nangis, à cet écervelé de Maulevrier et, comme elle-même était fort intelligente, elle put bien en faire la différence. Il venait précisément d’être reçu à l’Académie française aux lieu et place de Bossuet. Son discours de réception, qui n’est pas mal tourné, avait eu beaucoup de succès. Il n’y aurait rien d’étonnant à ce que son mérite apparent ait ébloui la princesse par comparaison, car une femme très jeune est parfois sensible aux attentions d’un homme plus âgé qu’elle, si cet homme est de quelque réputation, usurpée ou non. L’habile personnage auquel, pour lors, tout semblait sourire, s’aperçut de cette complaisance et se proposa de la faire tourner au profit de sa fortune.

« Dans cette situation très agréable, dit Saint-Simon, celle de Nangis qui était permanente, celle où il avait vu Maulevrier un temps, excita son envie. Il chercha à participer au même bonheur, il prit les mêmes routes… Il chercha à se faire entendre, il fut entendu. Bientôt il affronta le danger des Suisses, les belles nuits, dans les jardins de Marly. Nangis en pâlit ; Maulevrier, bien que hors de gamme à son retour, en augmenta de rage. »

Ces belles et périlleuses nuits paraissent peu vraisemblables, bien que, nous le savons, les promenades nocturnes fussent dans les habitudes de la duchesse de Bourgogne. Mais nous savons aussi par Dangeau que l’abbé de Polignac ne fut pas invité à Marly avant l’année 1710. Il aurait donc fallu

  1. Saint-Simon, édition Boislisle, t. XIII, p. 211.
  2. Ibid., p. 216.