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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/277

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la duchesse de Lude entre dans de grands détails dans une lettre à la duchesse de Savoie [1], étant survenue au septième mois, Clément, l’accoucheur en titre des princesses, la condamna à garder continûment le lit. On avait beaucoup de peine à l’empêcher de s’agiter, car elle avait des vapeurs, et à la tenir en repos. Elle ressentit les premières douleurs le 24 juin au matin. Ses couches furent laborieuses et douloureuses. Le Roi l’assista tout le temps, comme il avait fait pour la Dauphine. Le duc de Bourgogne demeura au contraire dans son cabinet, les cris de la princesse lui faisant trop de peine à entendre. Enfin, à cinq heures une minute et demie, rapporte Dangeau avec sa précision ordinaire, elle accoucha heureusement d’un prince qui fut sur-le-champ appelé le duc de Bretagne. La maréchale de la Mothe apporta l’enfant au duc de Bourgogne qui le baisa, puis il se rendit à la chapelle où il demeura en prière pendant trois quarts d’heure. La veille, il s’y était déjà enfermé longtemps seul et sans vouloir être connu.

Les enfans ne tenaient alors guère de place dans l’existence des mères, probablement encore moins à la Cour qu’ailleurs. La duchesse de Bourgogne resta du jour de ses couches jusqu’au 17 juillet, c’est-à-dire vingt-trois jours, sans voir son fils. Elle ne parle qu’une fois de lui dans ses lettres à sa grand’mère, et il semble qu’elle s’en excuse : « Je ne sorois m’empescher, ma chère grand’mère de vous parler de mon fils qui se porte fort bien. Il seroit assez joli s’il n’avoit point la galle ; mes j’espère que, quand nous reviendront de Fontainebleau, il n’en aura plus. » Cet enfant, au reste, ne devait pas vivre longtemps. Au mois d’avril de l’année suivante, il mourait, emporté par des convulsions. L’affliction de la duchesse de Bourgogne fut vive et touchante. Elle écrivait, quelques jours après, à sa grand’mère : « Je ne puis, ma chère grand’mère, estre plus longtemps sans me consoler avec vous du mal qui m’est arrivé. Je suis bien persuadé que vous y aurez esté sensible, car je sais l’amitié que vous avez toujours eue pour moy. Si on ne prenoit tous les malheurs de cette vie en Dieu, je ne sait ce que l’on deviendroit ; je croy qu’il me veut attirer à luy en m’accablant de toustes sortes de

  1. Marie-Adélaïde de Savoie, Lettres et Correspondance, publiées par M. Gagnière, p. 244.