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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/275

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que le temps me manque, outre que j’escris tous les jours à M. le duc de Bourgogne.

Ainsi, en 1702, elle écrivait tous les jours, du moins à l’en croire, au duc de Bourgogne. En 1703, après lui avoir promis de lui écrire deux fois par semaine, elle ne parvenait même pas à tenir sa promesse. Que s’était-il donc passé et quelles pensées nouvelles occupaient cette jeune tète ? Nous le comprendrons mieux quand nous aurons fait un pas plus avant dans la vie intime de ce ménage.


V

Bien que la succession au trône en ligne directe fût assurée par l’existence de Monseigneur, et par celle du duc de Bourgogne, sans parler des princes ses frères, cependant on n’en considérait pas moins comme une affaire capitale de savoir si la duchesse de Bourgogne aurait bientôt des enfans. En 1701, elle n’avait point encore donné d’espérances. Bien qu’elle eut à peine seize ans, l’impatience était grande, et le bruit semble s’être répandu que cette impatience n’était pas partagée par elle. Aussi tout un chacun commença-t-il de s’en mêler. De Turin même, par l’intermédiaire de son premier écuyer, Tessé, notre vieille connaissance, qui y était alors en mission, on lui faisait parvenir des objurgations. C’était d’abord le Père Valfré, son ancien confesseur. « Il me manda, écrivait Tessé à sa maîtresse, qu’en priant Dieu pour votre conservation il le prioit toujours pour votre fécondité ; qu’il lui sembloit qu’elle tardoit, et qu’il falloit que ses prières, ou votre volonté ne fussent pas assez efficaces. » C’était ensuite sa mère qui, s’apprêtant à mettre au monde un septième ou huitième enfant, s’informait si sa fille n’était pas dans le même état qu’elle et lui faisait parvenir les recommandations les plus précises ; c’était enfin Tessé lui-même qui, lui envoyant un bénitier de la princesse de Vaudémont, abordait tout droit le sujet : « Je crois devant Dieu qu’elle me l’a donné pour réveiller tous les soirs et tous les matins, par l’enfant de corail blanc qui est dedans, l’idée que vous nous en devez un, et sur cela il n’y a réflexion qui tienne, ni sur votre belle taille, ni sur aucune chose. Je suis votre vieux domestique auquel vous avez permis de s’exposer même à s’entendre dire par vous qu’il est un vieux fou. J’y