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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/274

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des morts et des blessés à droite et à gauche et où j’ai peut estre déjà attrapé quelque tape (ce qui n’arrivera pourtant pas à ce que j’espère) mandez moy ce que fera sur elle cette pathétique réflexion. Mettez luy aussi devant les yeux l’arrivée d’un courrier qui porteroit que j’aurois été blessé peut estre dangereusement, l’état ou de mon costé je serois pensant que je ne la reverrois peut estre jamais et qu’en mourant je ne regretterois qu’elle en ce monde. Je croy qu’il sera bon que vous luy lisiez cet article afin de me mander au juste ce que vous pourrez pénétrer des sentimens de son cœur par l’effet qui en paroistra au dehors.

La coquette et paresseuse princesse, pour se faire pardonner sans doute, finit par lui envoyer son portrait. Le pauvre prince en est tout heureux et fait part de sa joie à Mme de Montgon :

Au camp devant Brisak, le 3 septembre 1703.

Grâces infinies, grâces extresmes à la dame bienfaisante qui a remis ce ravissant portrait en des mains qui seules étoient dignes de me l’envoyer. Je ne dis pas, ma chère Mongon, que je l’eusse mal reçue quand il me seroit venu des vostres en droiture, mais vous sçavez bien que c’est tout autre chose de l’avoir reçue de celle qui y est vivement exprimée, de celle qui l’avoit promis et ordonné, de celle enfin qui sçait charmer quand elle le veut les présens comme les absens et qui souvent aussi prend plaisir à les faire enrager. Ce portrait est très ressemblant, surtout du premier coup d’œil, et j’y ai bien reconnu ces grands yeux qui sçavent jetter de si doux regards quand il leur plaist, ce qui n’arrive pas souvent. Vous croyez bien que je l’ai regardé plusieurs fois depuis-vingt-quatre heures. Dites moy si l’on parle quelquefois de M. le duc de Bourgogne et comment on en parle. Je croy que vous reconnaissez aisément ce si par lequel je ne sçaurois finir. Adieu ma chère Mongon ; encor une fois cependant en vous remerciant mille fois du portrait et de l’imagination qu’il contient que j’ai fort aprouvé comme je croy que vous n’en douttez pas. L.

Quelques jours après Brisach était pris et le duc de Bourgogne rentrait à Versailles. La correspondance se termine donc sur cette lettre. Il faut la rapprocher d’un court billet que, l’année précédente, la duchesse de Bourgogne écrivait à sa grand’mère, pendant que le duc de Bourgogne était à l’armée de Flandres :

Versailles, ce 12 juin 1702.

Vous avez été malade, ma chère grand’mère, et je voulois vous en témoigner ma peine, mais je prends souvent de si mauvoises mesures