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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/273

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deux dernières lignes de sa main, non que je croye qu’elle ne le pense pas, mais parce que la chose en auroit été plus tendre et plus touchante. Mais faistes luy bien valoir que le sang qu’elle verra n’est point versé par ordonnance d’aucun médecin et envoyé par occasion, mais pour elle seule et dans le plus tendre mouvement de mon cœur qui m’a empesché de sentir le petit mal que je me suis fait. Adieu, ma chère Mongon, je vous remercie mille fois de l’ingénieuse lettre que vous m’avez écritte et je la garderai toute ma vie à cause de l’ancre précieuse qui y a été employée ; et je vous aimerai plus sincèrement que jamais.

En effet, la lettre porte dans un coin deux petits cœurs surmontés d’une flamme, et le papier offre des maculatures qui proviennent évidemment de ce que le duc de Bourgogne écrivait la main encore ensanglantée. Ne dirait-on pas, au style près, une épître écrite, en pleine époque romantique, par un amant à sa bien-aimée ? Quinze jours après, le duc de Bourgogne reçoit une réponse à cette lettre exaltée, mais la réponse n’est point de la main qu’il aurait souhaitée :

Au camp de Tilstett, le 18 juillet 1703.

Je vous écrivis hier une lettre, ma chère Mongon, et n’ai reçue que ce matin la vostre du onze, en réponse de la commission que je vous avois donné en vous renvoyant de mon sang. Mais la conduitte de la personne du monde que j’aime le plus n’est guères conforme à ses discours. Elle m’aime de tout son cœur et cependant me laisse dans un profond oubli. Voicy la cinquième poste qui est arrivée aujourd’hui sans m’apporter de lettres, preuve quelle a été au moins neuf jours sans m’écrire, pendant que l’approche de Strasbourg me donne le moyen de redoubler de régularité et de luy écrire six fois la semaine et que je n’en laisse pas échapper une seule occasion. Je ne puis désormais chanter qu’une Élégie, me plaignant tristement de la fin de ma vie qui viendra tout incessamment, si cet objet charmant ne rend à mon tendre cœur qu’une froideur extrême, poison plus fin pour luy que n’est l’arsenic même.

……………..

Ne recevant toujours point de réponse, il s’efforce de l’émouvoir par la pensée qu’il pourrait être blessé à mort et ne plus la revoir :

Quand vous recevrez cette lettre faistes donc souvenir cette coquette que dans le mesme instant que vous luy parlerez je suis peut estre à la tranchée où le canon et le mousquet donnent souvent, où j’ai