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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/269

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pouvait-il dire avec vérité : « Madame la Dauphine agace continuellement Monsieur le Dauphin ; jamais ils ne sont d’accord pour les propos et toujours leurs cœurs sont unis. Je ne sais si l’on a jamais vu deux époux de caractères si différens s’aimer si tendrement [1]. »

Malheureusement il s’en fallait que l’union des deux cœurs fût aussi complète. Ils n’étaient pas au même diapason, et ces nuances de sentimens n’échappaient pas aux observateurs perspicaces. Spanheim, l’envoyé de Brandebourg, exagérait les choses et se trompait, d’un côté du moins, lorsqu’il écrivait : « Le duc et la duchesse de Bourgogne, sont fort indifférens l’un à l’autre [2] ». Madame, à son habitude, les exagérait encore davantage et les poussait au noir, lorsqu’elle mandait à la duchesse de Hanovre : « Les personnes qui s’étonnent tant de la profonde tristesse que ressentit le duc de Bourgogne lors de la grave maladie de sa femme ne savent peut-être pas qu’il en est très épris, mais elle ne l’est pas de lui, et je crois que, pourvu qu’elle eût donné le jour à un prince ou deux, elle verrait sans déplaisir partir le brave homme pour les régions célestes [3]. » Mais il est certain que le duc de Bourgogne ne trouvait pas chez sa femme réciprocité de tendresse. Il en souffrait et, comme il arrive souvent, la souffrance lui faisait commettre des maladresses qui ne devaient point la rapprocher de lui. Mme de Maintenon l’indique en quelques mots : « Mme la Duchesse de Bourgogne ne se porte pas bien ; on lui fait faire beaucoup de remèdes qui demanderaient plus de soin qu’elle n’est capable d’en prendre… Monsieur son mari est furieux ; on ne peut appeler autrement la passion qu’il a pour elle, et je ne crois pas qu’on en ait jamais vu une si désagréable pour celle qui la cause et pour les spectateurs… Il n’y a pas d’apparence de grossesse. Ces remèdes les empêchent de vivre ensemble, ce qui a quelque part dans la fureur dont je vous parle [4]. » La fureur n’était pas cependant l’état habituel du pauvre prince, mais plutôt une sorte de mélancolie tendre, dont nous avons eu entre les mains un curieux témoignage. Ce sont un certain nombre de lettres inédites écrites par lui à la marquise de Montgon, une des dames de la duchesse de Bourgogne.

La marquise de Montgon devait cette situation à sa naissance.

  1. Proyart, p. 169.
  2. Relation de la Cour de France.
  3. Correspondance de Madame, trad. Jæglé, t. Ier, p. 217. Lettre du 20 septembre 1701.
  4. Mme de Maintenon, d’après sa correspondance authentique, par M. A. Geffroy, t. II, p.