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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/23

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lettre de feu de Napoléon Ier à Augereau, qui se plaignait, lui aussi, de n’être pas prêt : « Le ministre de la Guerre m’a mis sous les yeux la lettre que vous lui avez écrite le 16. Quoi ! six heures après avoir reçu les premières troupes venant d’Espagne, vous n’étiez pas en campagne ! Six heures de repos leur suffisaient. J’ai remporté le combat de Nangis avec la brigade de dragons qui, de Bayonne, n’avait pas encore débridé. Les six bataillons de la division de Nîmes manquent, dites-vous, d’habillement et sont sans instruction : quelle pauvre raison donnez-vous là, Augereau ! J’ai détruit 80 000 ennemis avec des bataillons composés de conscrits mal habillés et sans gibernes ! Les gardes nationales, dites-vous, sont pitoyables ; j’en ai ici 4 000 venant d’Angers et de Bretagne, en chapeaux ronds, sans gibernes, avec des sabots, mais ayant de bons fusils ; j’en ai tiré un bon parti. Il n’y a pas d’argent, continuez-vous : et d’où espérez-vous tirer de l’argent ? Vous ne pourrez en avoir que quand nous aurons arraché nos recettes des mains de l’ennemi. Vous manquez d’attelages : prenez-en partout. Vous n’avez pas de magasins : ceci est par trop ridicule. Je vous ordonne de partir douze heures après la réception de la présente lettre pour vous mettre en campagne. Vous devez avoir un noyau de plus de 6 000 hommes de troupes d’élite ; je n’en ai pas tant, et j’ai pourtant détruit trois armées, fait 40 000 prisonniers, pris 200 pièces de canon. »

Animé de ce souffle, Vaillant ordonne à nos troupes de partir comme on est, au galop, en brûlant les étapes ; on se complétera en route ; les canons rejoindront au fur et à mesure de leur fabrication ; on suppléera à l’absence des parcs par l’envoi de munitions en caisse ; on empruntera des souliers aux Piémontais qui en possèdent de reste ; on vivra sur le pays. « Sans doute, dit le maréchal dans ses notes, des vivres manquèrent parfois, des effets de campement, etc. ; tout cela n’eût rien été avec des troupes moins dorlotées, moins habituées aux douceurs que la sollicitude exagérée de l’Empereur leur avait données depuis son avènement. » Souffrir les privations est, plus encore que mourir, la loi de la guerre. Finalement, quand on se trouva en face de l’ennemi, nonobstant le décousu précipité du début, on avait tous les moyens de vaincre.