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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/956

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nuances aussi diverses devait devenir de plus en plus difficile, et finalement aboutir au divorce. Il a été réclamé par les radicaux, probablement parce qu’ils avaient le caractère plus exigeant. M. Méline, après avoir exprimé, par un dernier respect des convenances, quelques condoléances au sujet de cette rupture, n’a pas tardé à s’en féliciter par sincérité et par loyauté politiques. La concentration, comme il l’a dit, a toujours été un leurre pour les modérés : elle les a conduits à faire les affaires des radicaux, et si elle recommençait ou se prolongeait aujourd’hui, elle les conduirait à faire, par l’entremise des radicaux, les affaires des socialistes. Il était temps de s’arrêter dans cette voie, où le pays s’habituait à la confusion des idées, des choses, des personnes même, et ne savait plus distinguer entre un modéré et un radical, entre un radical et un socialiste. Rendons grâce à M. Bourgeois : il a fait ce que les modérés n’auraient peut-être jamais osé, mais il l’a fait une fois pour toutes, et il a si bien brisé la concentration républicaine que, de l’avis commun, il est devenu impossible d’en recoller les morceaux. Dès lors, le pays a été mis en demeure de choisir entre deux politiques. Il a recommencé à voir clair. A travers les hommes, il a aperçu les choses, et il en a reconnu l’importance. Il saura, aux élections prochaines, pour qui et pour quoi il vote, et le caractère de la lutte électorale en sera sensiblement modifié.

Nous avons dit qu’il n’y avait et qu’il ne pouvait y avoir rien de bien neuf dans les discours qui viennent d’être prononcés, et cela est vrai : toutefois, à défaut d’observations tout à fait originales, il y en a de sensées, d’intéressantes, de judicieuses, dans celui de M. Méline. M. le président du Conseil a fort bien montré pourquoi la concentration républicaine ne pouvait pas durer davantage, et aussi pourquoi ce sont les radicaux qui l’ont dénoncée. Pendant quinze ans, les radicaux, s’ils n’ont pas directement gouverné la France, ont pesé sur son gouvernement de la manière la plus efficace, la plus utile pour eux, par le jeu combiné et alternatif de leur concentration avec les autres républicains et de leur coalition avec la droite. Toutes les fois qu’un ministère se formait, ils exigeaient qu’on leur fit leur part, qu’on leur donnât leur place. Ils réclamaient et obtenaient trois, quatre, cinq portefeuilles. Représentés dans les conseils du gouvernement, et sachant dès lors tout ce qui s’y passait d’essentiel, ils profitaient de toutes les occasions pour imposer leurs exigences. On leur cédait souvent, on leur cédait longtemps. Le jour venait cependant où les modérés, effrayés de toute la route qu’on les avait obligés à parcourir, un peu honteux du présent et préoccupés de l’avenir, éprouvaient le besoin, sinon de