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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/955

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de mélancolie répandu sur toute sa personne. C’est une singulière image du parti radical à montrer aux populations : il s’en dégage ne effet, comme d’un discret symbole, une impression de découragement.

Cela ne veut pas dire que les radicaux et les socialistes renoncent à la lutte. Loin de là ! M. Méline, dans son discours de Remiremont, a annoncé que les élections prochaines ne ressembleraient pas à celles qui ont précédé. Elles seront encore plus passionnées, plus âpres, plus violentes peut-être. En revanche, elles porteront sur les principes encore plus que sur les hommes. Les questions de personnes y tiendront toujours une grande place : comment pourrait-il en être autrement ? M. Méline annonce pourtant que cette place sera moindre que dans le passé. Le scrutin d’arrondissement aura cette fois, s’il faut l’en croire, les mêmes mérites que le scrutin de liste, sans en avoir les inconvéniens. Puisse-t-il ne pas se tromper ! Mais d’où lui vient l’espoir qu’il exprime ? Est-ce seulement d’un désir ardent chez lui comme chez nous, ou bien de l’analyse attentive des faits récens qui ont modifié la physionomie du monde politique ? Il semble bien que ce soit à cette seconde source qu’il ait puisé sa confiance. Le fait nouveau, depuis quelques mois, était indiqué déjà dans le discours de M. Barthou à Bayonne, avant de l’être dans celui de M. Méline à Remiremont. M. le ministre de l’intérieur avait annoncé la mort de la concentration républicaine. Ils en ont fait l’un et l’autre l’oraison funèbre sans lui témoigner grand regret. M. Méline a cru toutefois devoir se défendre de l’avoir tuée lui-même, et il en a laissé toute la responsabilité à ses adversaires. Quand même elle serait retombée sur lui, il aurait pu la porter légèrement. Il est bien vrai que c’est M. Bourgeois qui, le premier, a fait un ministère homogène, un ministère purement radical, et si nous n’avons pas pu le louer d’autre chose, nous l’avons du moins loué de cela. C’est lui qui a rompu avec la concentration d’autrefois, grand service que, peut-être involontairement, il a rendu au pays. Combien de fois n’avons-nous pas répété que la concentration républicaine avait été sans doute, pendant que la république luttait pour l’existence, un très bon instrument de bataille, mais qu’elle devenait, le lendemain, un très mauvais instrument de gouvernement ! On pouvait combattre avec les radicaux contre les partis réactionnaires, mais non pas gouverner longtemps avec eux. Leurs programmes, leurs idées, leurs tendances les éloignaient trop du parti modéré. Par la force de l’habitude, la concentration a survécu pendant quelques années encore aux circonstances qui l’avaient fait naître ; mais, comme il fallait s’y attendre, la vie commune, la vie de ménage entre des républicains de