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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/947

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C’est dans cette seconde entrevue qu’il lui avoua qu’il l’aimait. Elle en fut d’abord interdite, ne sachant si elle devait se réjouir ou pleurer : mais, le lendemain, elle vint le trouver dans sa sacristie, au moment où il sortait de prêcher, et elle lui dit alors qu’elle l’aimait aussi. « Avec un cri de joie il s’élança vers elle, l’étreignit dans ses bras, lui couvrit de baisers les mains et le visage. » Ils se jurèrent d’être pour toujours l’un à l’autre.

Mais Glory s’était trompée : son amour pour John Storm n’avait pas détruit à jamais cet autre moi qu’elle avait en elle. « Mon ami, lui écrivait-elle quelques jours plus tard, c’est plus fort que moi, je ne peux pas ! Londres m’attire, me retient, son charme ne tarderait pas à me reprendre à vous ! » Et voilà John Storm renonçant une fois encore à sa propagande chrétienne, le voilà obtenant de son évêque la permission de quitter Londres pour remplacer le Père Damien auprès des lépreux des Iles du Sud. Mais Glory, en fin de compte, n’admet pas non plus la possibilité de vivre avec lui dans les Iles du Sud. Trois fois, pour lui complaire, il change ses projets : trois fois elle paraît disposée à le suivre, mais au moment de partir, le courage lui manque ; et c’est elle-même qui, enfin, dans sa troisième lettre, le supplie de ne plus penser à elle, de vivre sa vie, et de lui laisser vivre la sienne.

Avons-nous besoin de dire que cette lettre eut aussitôt pour effet une évolution nouvelle, dans la carrière apostolique du jeune « chrétien » ? Au lieu de flétrir le monde du haut de la chaire, ce fut désormais en pleine rue qu’il l’attaqua, prêchant dans les carrefours la lutte sainte contre les puissans et les riches, ameutant la foule, parcourant Londres et toute l’Angleterre à la tête d’une troupe de gueux fanatiques. Le jour du Derby, il s’était posté sur la route d’Epsom, et sommait les parieurs de rentrer chez eux, lorsqu’il aperçut, dans une élégante voiture qu’elle conduisait elle-même, Glory, sa bien-aimée, en compagnie de Francis Drake et d’autres lions à la mode. Il comprit aussitôt que son devoir était de tuer cette femme, pour la délivrer des souillures charnelles, et rendre son âme à Dieu avant qu’elle fût à jamais perdue. « Elle était en péril, aux portes de l’enfer. C’était à lui de la sauver. Et mieux valait une vie finie qu’une vie dégradée, avec une âme détruite ! » Le texte était formel : « Livrez-le aux serviteurs du Seigneur pour la destruction de la chair, afin que l’esprit puisse être racheté au jour du Jugement ! »

Cette nuit-là, quand Glory rentra dans sa chambre après le souper, elle vit John Storm qui l’attendait. Sans l’approcher, sans lever les yeux sur elle, il l’invita à faire ses prières. Elle devina qu’il venait pour