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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/937

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quelquefois leur élan ou leur essor soutient sans faiblir une strophe entière et décrit jusqu’au bout la courbe commencée. Ainsi le souffle de M. Charpentier n’est pas toujours inégal à la grande période lyrique.

Le sentiment du pittoresque et du fantastique ne manque pas non plus au musicien des Trois sorcières et de la Veillée rouge (Variations symboliques d’après l’Impression fausse), de Paul Verlaine. Veuillez excuser d’abord ces titres saugrenus. Gardez-vous ensuite de lire la pièce entière : il pourrait vous arriver de ne la point comprendre. Admettez seulement que c’est la nuit, en prison ; que les prisonniers dorment et qu’au-dessus, peut-être au milieu d’eux, « dame souris trotte. » Cette hypothèse une fois adoptée, lisez les trois ou quatre premières pages de la Veillée rouge. Ce prélude à dessein indigent et comme vide, ces harmonies étranges, ce menu trottinement de notes piquées et légères, il n’est pas impossible que tout cela vous donne une obscure sensation de malaise, d’inquiétude, presque d’effroi.

Il semble aussi que M. Charpentier ait deux manières ou deux couleurs opposées. Redevenu Parisien, l’ancien pensionnaire de la villa Médicis, le jeune musicien des Impressions d’Italie et de la Vie du poète, hésite encore ou plutôt se partage entre Rome et Montmartre, entre les sept collines et la butte. La Ronde des compagnons, les Chevaux de bois, la Valse lente, écrite pour le couronnement d’une Muse de boulevard extérieur qui d’ailleurs ne fut pas couronnée, voilà, dans l’œuvre de M. Charpentier, les échantillons de ce qu’on pourrait appeler le style Rochechouart. Les Chevaux de bois ne sont que vulgaires, d’une vulgarité voulue et pénible. Plus curieuse et plus complexe est la Valse lente. Frêle, pâle, elle a quelque chose de maladif et de malsain, quelque chose aussi qui sent le pavé, même le trottoir. A la grêle mélodie, aux harmonies maigrelettes, au chromatisme fade et qui écœure, se mêlent les éclats d’une valse triviale, canaille même à dessein ; et le tout ne représente ou ne « symbolise » pas mal un coin de Paris, l’équivoque Montmartre, pays de bohème et d’art, mais d’un art décadent et débraillé, où les cabaretiers sont poètes, où l’on voit, sur le seuil de bouges soi-disant esthétiques, des Muses de brasserie prendre un bock avec des Apollon d’atelier.

Musicien désigné de la Vachalcade, M. Charpentier le fut heureusement d’une autre chevauchée, et pour une de ses mélodies : A mules, je donnerais peut-être les autres. Fraîche, robuste et sainement populaire, elle n’est pas de Montmartre, celle-là. Elle sent plutôt les montagnes de la Sabine ou la mer de Sorrente, et c’est le chef-d’œuvre de M.