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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/899

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s’en vont, en tirant sur les fenêtres qu’ils viennent de quitter. A six heures tout est fini, et l’on voit l’artillerie grecque défiler, assez en désordre cette fois, sur la droite, vers Domokos. Pourtant les vainqueurs n’entrent pas dans Pharsale, et couchent sur leurs positions. Des bœufs mugissent, des brebis se plaignent doucement : on a été à la maraude, et la soupe sera bonne. Mais à neuf heures, plus un bruit sur ce champ de bataille. Les hommes se couchent en plein champ autour des feux de bivouac et s’endorment paisiblement.

Volo, 8 mai. — Le lendemain de la bataille de Pharsale, des coups de feu nous réveillent vers sept heures : les Albanais, entrés les premiers dans cette petite ville, comptant y découvrir quelques Légers souvenirs à emporter, ont été salués à leur grand étonnement par une fusillade inattendue. Trois cents irréguliers grecs, demi-soldats, demi-bandits, et qui avaient commencé le pillage, s’étaient réfugiés dans les ruines d’un vieux château fort de l’époque romaine, planté sur une cime abrupte : le château du Trésor, disent les quelques juifs qui restent dans le pays complètement abandonné des habitans hellènes. Il paraît, en effet, qu’après les grandes pluies d’hiver, les torrens qui passent à travers ces ruines en arrachent des pièces d’or, d’argent et de cuivre. Mais les Albanais, qui ont enlevé la position en un clin d’œil, — cette petite guerre de partisans leur convient admirablement, — n’y ont rien trouvé qu’un grand nombre de culots de cartouches. L’armée régulière turque, entrée derrière eux, a respecté ce qui restait de la ville, et installé l’ambulance dans la maison même qu’occupait le prince Constantin, dont on a retrouvé jusqu’à la batterie de cuisine.

Nous apprenons qu’on s’est battu hier à Velestinon, qu’on s’y bat encore peut-être, que le maréchal Edhem-Pacha s’est dirigé de ce côté, et nous plions bagage pour tâcher de le rejoindre.

La route, — une sente à peine tracée, — traverse le massif des Cynocéphales : pays rude, montueux, presque stérile ; parfois des orges maigres dans des champs de pierrailles. Enfin nous redescendons dans la grande plaine de Velestinon, riche, humide, grasse, traversée d’un chemin de fer et d’une ligne télégraphique dont les vaincus n’ont même pas coupé les fils. Des bouquets de bois apparaissent, des vergers, des prairies peuplées de beaux chevaux que les irréguliers, Guègues et Arnautes, pourchassent et réunissent en troupes. Leurs maîtres ont quitté