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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/893

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qu’il pourrait y avoir là une certaine efficacité directe, cette mesure affirmerait l’intérêt qu’attachent la société et l’État à la fécondité conjugale. Dans l’ordre des servitudes militaires, on pourrait aussi arriver à quelques résultats : la proposition de loi qui n’assujettit qu’à une année de service le jeune conscrit marié mérite d’être adoptée ; la dispense de la moitié au moins des périodes de 28 jours et de celle de 13 jours pour les pères de famille ayant trois enfans ou davantage pourrait être aussi de droit.

L’école devrait s’abstenir de surexciter, comme elle le fait depuis vingt ans, les ambitions en quelque sorte d’ordre matériel, c’est-à-dire le simple désir de s’élever sur l’échelle sociale ; elle devrait enseigner que toutes les tâches, toutes les professions, sont respectables, que le mérite consiste à bien remplir le devoir, même modeste, et à élever honorablement une famille. Une certaine résignation au sort modique qui doit, en fait, constituer la destinée de la généralité des hommes devrait être recommandée. L’esprit qui anime nos écoles depuis longtemps devrait ainsi complètement se modifier, afin d’éviter ce que notre démocratie, dans son exclusive tendance au bien-être, a d’égoïste et de sec. En même temps, bien loin de pousser à la fréquentation prolongée de l’école par les enfans qui n’ont aucune capacité remarquable, bien loin de retarder davantage l’âge d’entrée des enfans dans les ateliers ou les fabriques, comme le recommandent, d’une façon très inconsidérée, divers congrès, on devrait encourager les parens à faire travailler les enfans d’une façon rémunératrice dès l’âge de 12 ans, dans la population rurale et ouvrière, dès 13 ou 14 ans, dans la petite bourgeoisie, afin que les enfans leur fussent moins longtemps à charge.

Il conviendrait aussi d’aider à répandre une autre conception de la vie et de la grandeur familiale ; au lieu de chercher à n’avoir que un ou deux enfans, afin qu’ils soient plus riches, il conviendrait que chacun se persuadât qu’en en ayant cinq ou six, on a bien plus de chances d’avoir un enfant d’élite, qui fasse honneur au nom familial. Ce sont souvent les cadets et les derniers nés qui font la gloire ou la prospérité d’une famille. On devrait de plus en plus se convaincre que, dans la société moderne, les situations sont personnelles et ne peuvent indéfiniment se transmettre dans la lignée : les gens riches se résoudraient ainsi à avoir des fils moins opulens qu’eux ; les hommes portés aux plus grands honneurs s’accoutumeraient à avoir des enfans dans des situations secondaires, mais honorables ; c’est là, en réalité, la