Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/885

Cette page n’a pas encore été corrigée


de moins, sur un chiffre beaucoup plus élevé de mariages, à savoir : 245 447, en 1892 [1]. On sait que les femmes sont surtout fécondes dans la grande jeunesse. Un statisticien hongrois, M. Körösi, a essayé de découvrir « la mesure et les lois de la fécondité conjugale » ; il arrive à cette conclusion que la combinaison d’âge des deux époux qui donne la plus forte fécondité est celle de vingt-cinq ans pour l’homme et de dix-huit à vingt ans pour la femme. Ces recherches sont, sans doute, délicates et comportent une part d’incertitude ; mais il ne peut y en avoir sur ce point, que le recul accentué de l’âge du mariage, surtout en ce qui concerne la femme, doit, en dehors même de toute pratique frauduleuse, restreindre la fécondité conjugale [2].

Quant aux causes du recul de l’âge du mariage pour les deux sexes, elles se rattachent aussi à l’état de civilisation démocratique : la concurrence beaucoup plus vive à l’entrée des carrières soit libérales, soit de direction industrielle ou commerciale, vers lesquelles tout le monde tend à se précipiter ; les années d’études plus prolongées, les examens plus multipliés et encombrés de difficultés voulues, le plus souvent inutiles pour la pratique du métier, mais ayant une efficacité éliminatoire ; les stages que l’on étend de plus en plus, etc. Une partie des jeunes filles, avec le développement des carrières féminines administratives ou scientifiques et littéraires, subissent l’influence de ces conditions. En outre, pour les raisons sociales que nous avons indiquées, les jeunes filles comme les jeunes gens, dans presque toutes les conditions de la société, veulent, plus qu’autrefois, étendre la période de vie en grande partie indépendante qui va de la puberté au mariage. Tout concourt ainsi, dans la civilisation moderne, à diminuer la fécondité.

Une influence que nous ne pouvons qu’indiquer et qui agit dans le même sens est celle d’une certaine littérature. Discréditant le mariage, célébrant le libertinage, prônant ou excusant l’adultère, elle n’est certes pas en France favorable à la règle des mœurs qui, seule, assure la fécondité des familles. Par les petits journaux, par les cafés-concerts, son influence, autrefois limitée aux classes supérieures de la société, tend de plus en plus à les pénétrer toutes.

  1. Bodio, Movimento della Popolazione, Confronti internazionali, Berne, 1894.
  2. On nous permettra de renvoyer sur ce point à notre Traité théorique et pratique d’économie politique, t. IV, p. 620 à 623.