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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/788

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entrée à Amsterdam, le peuple disait, en voyant le bourgmestre la couvrir de son vêtement pour la défendre du froid : « C’est notre Wilhelmine, notre petite fille ! » En l’Empereur François-Joseph, le prince et le père sont également plaints et aimés.

L’Espagne, les Pays-Bas, l’Autriche-Hongrie sont loyalistes ; mais le loyalisme de l’Espagne va à la monarchie, presque indépendamment de la dynastie ; celui des Pays-Bas va à la dynastie des Orange-Nassau, presque indépendamment de la personne du monarque : le loyalisme de l’Autriche-Hongrie a quelque chose d’ému, de tendre, de chaud, de choisi et de resserré aussi, comme une affection privée ; il est direct, immédiat, personnel, — de la personne de chaque Autrichien et de chaque Hongrois à la personne de l’Empereur, et de cet Empereur, François-Joseph. Il semble que l’instinct populaire ait deviné l’abîme qui, devant ce père impérial, s’ouvrait avec la tombe de son fils, et que les relations des sujets au souverain en aient pris on ne sait quoi de filial, d’un côté, et de l’autre, de paternel.

« Ce qui, pendant mon séjour en Hongrie, m’a causé la plus profonde impression, disait Guillaume II, tout récemment, à Budapest, c’est le sentiment du dévouement enthousiaste des Hongrois pour Votre Majesté. Mais ce n’est pas seulement ici, c’est partout en Europe, et surtout chez mon peuple, qu’on brûle du même enthousiasme à l’égard de Votre Majesté. Permettez-moi d’ajouter que, moi aussi, je partage cet enthousiasme et que, avec des sentimens de fils, je regarde Votre Majesté comme mon ami paternel. » Si l’on éteint un peu le flamboiement de ce discours, si l’on y introduit une note un peu plus discrète, si l’on y parle un peu moins « d’enthousiasme » et un peu plus de « vénération », il traduit à merveille une grande vérité, rien que par le pouvoir d’un mot mis en sa place, par ce mot qui contient tout l’homme : paternel.

Et ce n’est point pour eux uniquement, pour les Empereurs de trente ans, pour Guillaume II et pour Nicolas II, c’est pour tous ceux qui par hasard l’approchent, qu’il y a, dans le doux et toujours triste sourire de ces yeux, de la paternité, qui est de la majesté encore. Cette paternité du prince, François-Joseph, en quelque sorte, la répand et la distribue, lorsqu’une étiquette sévère, aux fêtes militaires ou religieuses, le laisse entrer de plus près en communication avec le peuple ; ainsi, lorsque, à travers ce peuple agenouillé, il suit par les rues de sa capitale, à pied, la