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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/754

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REVUE DES DEUX MONDES.

du maréchal, que s’ils se heurtent à une trop grande résistance, ils resteront le plus longtemps possible dans leurs positions, pour se retirer le soir, en bon ordre, sous la protection des forts. Quand Charlys a copié l’ordre, il a dit à Jarras : — « Mais c’est impossible, c’est l’ordre de retraite qui est donné là ! Les commandans de corps ne s’y tromperont pas ! »

La canonnade, dans le brouillard, avait repris. Estafettes, aides de camp se succédaient : les Prussiens, qui avaient reçu des renforts pendant la nuit, prenaient peu à peu le dessus. Le 4e corps recevait l’ordre de rester sur la défensive, en attendant que le 3e eût repris Servigny. Les Prussiens gagnaient du terrain, reprenaient Flanville, Coincy. La division Fauvart-Bastoul avait dû plier, faute d’artillerie ; Lebœuf compromis ne pouvait tenir. Du Breuil avait été envoyé à la Garde, dont la division de cavalerie se formait, avec celle de Forton, pour exécuter une charge gigantesque sur le terrain découvert en avant de Servigny. Francastel l’y rejoignit, apportant l’ordre aux deux divisions de cavalerie de se replier :

— Notre droite est en retraite, dit-il. Le 3e corps se retire. Blache vient d’apporter au maréchal un billet de Lebœuf… Toute l’armée rentre sous Metz.

Il ajouta :

— Inouï, Blache ! Il est furieux ! Il tient le poing droit tendu dans une malédiction, — tenez, comme cela ! (Il imita le geste.) Il a reçu une balle dans le coude et ne peut replier le bras. Il est étonnant ! Il a l’air de menacer tout le monde !… Si vous croyez que cela l’empêche de rester à cheval ? Il est de fer, il est reparti comme il était venu, sans vouloir qu’on le panse. Du Breuil, muet, galopait, obsédé par la vision de Blache, poing tendu, maudissant la retraite. Il ne put rejoindre Bazaine. Le maréchal, suivi de son état-major particulier, était rentré à Metz pour déjeuner. À midi cinquante, Du Breuil regarda sa montre ; il passait, avec tout l’état-major général, Jarras en tête, sur la route de Sainte-Barbe, retournant au Ban Saint-Martin. Décherac blessé, Restaud absent, il se sentait abominablement seul. Les ricanemens de Floppe, le regard satisfait de Massoli, lui faisaient horreur. Il se rapprocha de Charlys, qui disait au colonel Jacquemère :

— Décidément, le Sphinx nous a tous collés !

Des blessés attendaient, sur le bord de la route, que l’état-