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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/70

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Les discours prononcés en faveur de cette motion, au cours des nombreux débats dont elle fut l’occasion dans la Chambre prussienne, contribuèrent à en préciser le sens. Ce que souhaitaient, ce que souhaitent toujours les signataires, ce serait que les synodes fussent appelés à émettre un avis pour les nominations des professeurs des universités, — dg l’on espérait paralyser, par-là, les progrès de la théologie incroyante dans les chaires du haut enseignement ; ce serait que le recrutement des consistoires et du conseil suprême évangélique dépendît aussi en quelque mesure de la volonté des synodes, que les surintendans généraux, sorte de bureaucratie épiscopale qui transmet à l’Eglise les arrêts de l’Etat et présente à l’Etat les vœux de l’Eglise, eussent une plus grande liberté pour déférer à la volonté des synodes, et qu’on ne les vît plus, comme naguère, empêchés par l’Etat de publier une lettre pastorale au sujet du repos dominical, lettre écrite conformément aux indications du synode général ; et ce serait enfin que les droits de la Chambre sur les affaires d’Eglise fussent fortement diminués, et que le ministère ne pût plus interposer son veto, comme une cloison infranchissable, entre les décisions des Eglises et la ratification du chef de l’Etat.

L’Etat moderne, tel que l’ont fait les révolutions politiques du XIXe siècle, peut-il jouer dans l’Eglise protestante une façon de rôle épiscopal ? C’est à ces termes que se ramène la question. Il est certains Etats d’Allemagne qui la résolvent par l’affirmative : les villes de Lubeck et de Brème, les principautés de Schaumburg-Lippe, de Reuss (ligne cadette), de Schwarzburg-Rudolstadt, le duché de Saxe-Cobourg-Gotha ; dans ces Etats, le souverain, prince ou sénat, continue de décider absolument des choses d’Église. Dans les principautés de Reuss (ligne aînée) et de Schwarzburg-Sonderhausen, dans les duchés de Saxe-Altenburg, de Mecklembourg-Schwerin et de Mecklembourg-Strelitz, la volonté du souverain est également maîtresse ; mais ses ukases, pour avoir vigueur dans l’Eglise, doivent affecter la forme de lois d’État, déterminée par la constitution. Partout ailleurs, les Landeskirchen évangéliques oscillent entre diverses souverainetés, celle que, de droit plutôt que de fait, elles exercent ou croient exercer sur elles-mêmes ; celle que le chef d’Etat, par une habitude traditionnelle, fait peser sur elles ; et celle enfin que revendiquent, au nom du « libéralisme », les assemblées politiques. Mais quanta l’ancienne Landeskirche, partie intégrante d’un Etat protestant,