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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/682

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encore au pôle Nord, le pôle Nord serait envahi dans trois mois et l’homme s’y établirait en maître [1].

Et, comme pour justifier ses prédictions, au moment où il les publiait, le vapeur Portland arrivait à Sitka, ramenant 64 mineurs du Klondyke. Le moins favorisé rapportait 150 000 francs, résultat de trois mois de travail ; le plus grand nombre, de 300 000 à 400 000 ; les plus heureux 75 0000, surtout en lingots et poudre d’or chargés à bord. « Un fait curieux à noter, écrit un correspondant de Sitka, est que la fortune semble se complaire à favoriser les tenderfeet, les « inexpérimentés », de préférence aux mineurs de profession. Les trouvailles les plus inattendues ont été faites par les premiers, opérant au hasard. Tous ces passagers, d’ailleurs, ne reviennent que pour repartir à destination des mines. Ils ont conservé leurs claims dont ils espèrent retirer beaucoup plus encore qu’ils ne rapportent. Ils vont revoir leurs familles aux Etats-Unis, assurer leur sort, décider des amis à les suivre, quelques-uns se marier et ramener leurs femmes avec eux. Un ou deux seulement ont vendu leurs claims ; William Sloane a cédé le sien moyennant 260 000 francs [2]. »

Le capitaine Kidston, commandant le Portland, se loue fort de ses passagers. « Je n’ai jamais, dit-il, fait traversée plus agréable. De ces soixante-quatre mineurs que je ramène, aucun n’avait le sou il y a six mois. Aujourd’hui, ils sont si heureux avec leur or à bord, si satisfaits de leur campagne, qu’ils se contentent de tout ; si simple que soit la table, ils la trouvent excellente ; si modestes que soient les cabines et le service, ils trouvent tout bien. Quel contraste avec les chercheurs d’or que je transportais à Saint-Michael dans mon voyage d’aller ! Ils ne trouvaient rien d’assez bon, grognaient tout le jour et, pauvres comme Job, vous avaient des exigences de millionnaires. »

On s’explique le peu d’exigences de ces mineurs enrichis, si l’on tient compte qu’à Dawson le porc salé valait 10 francs la livre, le beurre en baril autant, les œufs 15 francs la douzaine ; qu’il en coûtait 5 francs pour faire blanchir une chemise, et qu’une cuisinière était introuvable à moins de 500 francs par semaine. Ainsi en fut-il dans les premiers temps de la fièvre de l’or en Californie ; mais ce qui est pour surprendre, c’est combien

  1. Voyez New-York Herald, 25 juillet 1897.
  2. A son voyage subséquent du 28 août dernier, le Portland a ramené 60 passagers, rapportant 15 millions d’or.