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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/612

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En Thessalie, journal de campagne


PREMIÈRE PARTIE


Voici déjà trente-six heures que l’Express-Orient m’emporte vers Nisch, où je le quitterai pour prendre le chemin de fer qui me conduira à Salonique, à travers la Macédoine occidentale. Prison de luxe que l’Express-Orient, mais prison tout de même. Sur les petites tables trépidantes du wagon-salon, impossible d’écrire ou même de lire, et les heures passent lentes à regarder des paysages qui fuient trop vite. Le grand-duché de Bade : des monts boisés d’abord, puis une plaine ondulée en petites vagues. La terre labourée est noire et grasse, la terre cultivée d’un vert vivant, des fabriques poussent leurs fumées vers le ciel brumeux ; beaucoup de fabriques, tandis que quelques lieues plus loin apparaissent de vieux villages agricoles, avec leurs maisons basses serrées autour d’une église maternelle.

Et cela me rappelle les plaines du nord de la France : même bonhomie des choses, mêmes couleurs fines et délicates ; prairies qui boivent l’eau du sol trop irrigué, bouleaux grêles, chaumières rouges et blanches. Puis c’est la Bavière : toujours un sol onduleux dans sa platitude générale, des marais desséchés, des tourbières, des champs où le jeune blé jette ses pousses pareilles à des fils de soie verte entrelacés sur un tapis au fond brun ; Augsbourg, Munich à peine entrevues ; et, chose étrange, les églises de campagne dressant des clochers aux toitures globulaires semblables à celles de ces mosquées que je vais voir dans la