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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/61

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LE DÉSASTRE.

deux wagons ordinaires, en prévision de la suite nombreuse.

L’Empereur donnait le signal de l’embarquement. Ce fut, autour des voitures, un va-et-vient, un brouhaha. À la vue de son état-major, il dit en souriant :

— C’est un vrai corps d’armée.

L’Impératrice se tenait debout, émue et fébrile, près du wagon-terrasse.

Le moment était solennel. Il y eut une minute de profond silence. Enfin la vapeur siffla, le train s’ébranlait.

— Fais ton devoir, Louis ! jeta l’Impératrice, enveloppant son fils d’un regard de tendresse lumineuse.

Plus d’un en fut touché. Tout le monde s’était découvert ; on cria : — Vive l’Empereur !

Du Breuil, le sang aux joues, plein d’espoir comme si la première bataille avait été gagnée, tendit son âme vers Napoléon. Il se tenait appuyé à la balustrade. Ses yeux ternes fixés sur l’Impératrice eurent une expression tendre et triste. Il resta là, immobile, jusqu’à ce que le train arrivât à hauteur de la grille qui donnait accès sur la grande voie. Alors il se porta de l’autre côté, pour saluer les habitans de Montretout, qui l’acclamaient.

Comme toute l’assistance. Du Breuil, ému, regardait disparaître en pleine lumière le train qui, avec son cortège de généraux, avec l’Empereur et son fils, emportait vers l’inconnu le destin même du pays, la fortune de la France.

Paul et Victor Margueritte.

(La deuxième partie au prochain numéro.)