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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/60

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REVUE DES DEUX MONDES.

accablé. Il chercha quelqu’un autour de lui. Du Breuil, un quart de seconde, rencontra son regard indéfinissable. Un officier de la suite appela le général Jaillant ; Sa Majesté lui dit quelques mots. L’Impératrice n’avait jamais eu plus grand air ; mais son déchirement était visible.

On devinait à sa nervosité contenue les inquiétudes de la mère. Le Prince impérial, à côté d’elle, les yeux rouges, le teint animé, la mine résolue, la regardait avec une tendresse charmante. Il portait l’uniforme des grenadiers de la Garde ; une jumelle en sautoir coupait sa tunique de sous-lieutenant.

Il y eut un grand mouvement de voitures. Les chevaux de l’équipage impérial piaffaient. Leurs Majestés prirent la tête en calèche découverte. Leurs maisons suivaient.

Du Breuil, toujours accompagné de Lacoste, était monté dans un des grands vis-à-vis, avec M. de Champreux. Quelques ministres et le haut personnel du palais se casèrent à la hâte dans les breaks et les omnibus de l’allée de la Carrière. Ceux qui ne purent trouver de place partirent à pied. Le cortège des voitures s’engagea dans les grandes avenues, sous le couvert des arbres. Du Breuil pensait à son départ de l’après-midi. Obsession, qui lui inspirait une joie mâle. Près d’entrer dans l’action, il éprouvait un soulagement inexprimable.

Des spectateurs attendaient déjà près de la petite gare. Elle était aménagée sur un embranchement du chemin de fer de ceinture, qui pénétrait dans le parc. Un kiosque de chaume, orné de lampadaires de bronze, servait d’abri. Tout le monde descendit de voiture. Les souverains étaient debout sur le quai, entourés du service. Le défilé commença. Les partans mettaient leurs hommages aux pieds de la Régente. L’Empereur recevait l’adieu des ministres. Le Prince impérial, très excité, allait de l’un à l’autre. Sa fierté l’emportait sur son chagrin, son sabre lui battait les jambes.

Du Breuil partageait son attention entre les différens groupes et le train formé sur la voie. Il comportait une douzaine de voitures, communiquant par un passage intérieur, et peintes en vert sombre, sauf le wagon-terrasse qui était de fer poli. Des N dorées, sommées de la couronne impériale, décoraient les panneaux. Il admira les tapisseries de Beauvais, visibles à travers les portières du salon. La chambre à coucher, — remarqua une voix derrière lui, — manquait. Mais on avait ajouté