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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/595

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apparemment on se trompa d’arbre, on cueillit le fruit de la science égoïste. Plus tard, le Christ dit la même chose que le serpent, en assurant aux hommes qu’ils pourraient devenir enfans de Dieu ; mais le fruit qu’il leur enjoignit de cueillir était celui de l’amour universel, qui est à la fois la cause et l’effet de la science la plus haute et la plus complète. Par l’amour sans bornes l’homme devient un dieu, car par-là il devient conscient de son union avec Dieu et toutes choses sont mises sous ses pieds.

— Vous parlez du Christ ? Votre religion moderne est-elle donc la même doctrine qu’enseigna Jésus-Christ ?

— Certes, oui ! Elle a été enseignée dès le commencement de l’histoire, et sans doute auparavant, mais c’est par le Christ qu’elle nous est arrivée avec plénitude. Seulement, on ne l’avait jamais reçue tout entière jusqu’ici. Il fallait pour cela s’entr’aimer, considérer tous les hommes comme frères, il fallait tout partager. « Dieu est amour et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu. » En vertu de cette parole, on trouva Dieu le jour où toutes les mains s’étreignirent dans une parfaite union d’intérêts. Le mouvement n’avait pas eu pour but direct de chercher Dieu ; il ne semblait pas partir d’en haut. C’était un mouvement tout humain, mais il suffit que nous nous aimions pour que Dieu soit avec nous.

Le chapitre sur la religion est d’un intérêt particulier dans le livre de M. Bellamy, parce qu’il donne le reflet des tendances de toute une élite en Amérique, et en particulier des femmes, vers une charité active et organisée qui a sa plus haute expression dans l’œuvre bien connue des settlements. Là vraiment, sans révolution radicale, les mains des pauvres et des riches commencent à s’unir dans une étreinte fraternelle ; et quant à la définition de la qualité de fils de Dieu donnée d’abord par l’Eglise unitairienne, on sait qu’elle trouve partout de nombreux échos, même en France, comme le prouve le livre récent de M. Sabatier : Esquisse d’une philosophie de la religion, si détaché de tout esprit de secte, de tout dogmatisme, qu’il peut, selon leur disposition individuelle, édifier ou scandaliser tantôt les catholiques, tantôt les protestans. Ne nous laissons pas cependant persuader aussi facilement que Julian West. Voyons, en visitant les écoles du XXe siècle, quelle est la base de cette culture universelle qui permet à des hommes tels que M. Barton de s’élever si haut dans le domaine intellectuel et moral.