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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/586

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encore auprès d’une autre lutte ignoble à laquelle étaient exposées des hordes de filles pauvres qui, désespérant d’obtenir le secours des hommes à des conditions honorables, se vendaient pour un morceau de pain. Au milieu des atrocités qui accompagnaient ce qu’on appela longtemps la civilisation, les relations sexuelles sont celles qui font par-dessus tout horreur aux régénérés parmi lesquels se réveille Julian West.

Abrégeons le réquisitoire. Comment lui apparaît la femme créée à nouveau par la révolution économique ? De même que tous les citoyens, elle sert à son tour ; et ses fonctions n’ont rien de commun avec ce qu’on appelait jadis des métiers de femme. Il n’y a pas d’occupation à laquelle il lui soit défendu de prendre part, les machines y aidant. Les machines suffisent à tout, et plus la main qui les guide est légère, plus la besogne est bien faite. La femme du docteur Leete a été jusqu’à ses quarante-cinq ans révolus premier lieutenant dans une grande fonderie ; sa fille Edith s’occupe d’agriculture. Il faut dire que la charrue, la bêche, la pioche sont mises en mouvement par l’électricité. Du reste la femme est physiquement plus forte qu’autrefois ; beaucoup plus grande, mieux développée, plus saine, car des cours publics de gymnastique font partie de l’instruction obligatoire jusqu’à vingt-quatre ans, l’âge où l’on suppose que le corps est formé ; ces cours sont ensuite fréquentés plus ou moins toute la vie. Par conséquent les jeunes gens des deux sexes sont beaux comme les dieux de l’Olympe ; une infirmité est chose rare parmi eux, et celui qu’elle atteint exceptionnellement devient aussitôt l’enfant gâté de tous. Jadis les malades étaient si nombreux que la pitié même à leur égard s’émoussait. Et la femme entre tous se résignait à la souffrance comme à une condition normale, inévitable. Elle ne ressemblait guère aux athlètes triomphantes que Julian ébloui voit dans les gymnases faire assaut de force et d’agilité côte à côte avec leurs camarades masculins. Ceux-ci ont bien encore sur elles une certaine supériorité ; mais l’égalité, même en ces matières, tend à s’établir et les physiologistes prévoient que dans quelques générations elle sera un fait accompli. Voilà de quoi garantir à M. Bellamy les suffrages de toutes les college girls qui se livrent dans le drill room à la manœuvre des haltères et qui gagnent des courses à pied, en attendant qu’elles abordent les fameux sauts de l’avenir, des sauts qui semblent exposer à une mort certaine ceux et celles qui les exécutent du