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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/551

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que vouloir étendre indéfiniment son action serait la détruire, et que le ministère anglais, en particulier, ne pourrait jamais diriger cette alliance vers un but si différent de celui en vue duquel elle avait été formée auparavant. »

Quant à l’Autriche, tout en ne suivant pas extérieurement la même politique, sa pensée secrète, dans la question espagnole, était la même que celle de l’Angleterre : l’opposition à toute intervention de la part de la France dans les affaires d’Espagne. Ministre d’un souverain absolu qui craignait avant tout l’extension des institutions représentatives, M. de Metternich ne pouvait pas donner les mêmes raisons que l’Angleterre pour ne pas intervenir en Espagne. Ses doctrines aux congrès de Troppau et de Laybach, la marche sur Naples et l’établissement des Autrichiens en Italie ne lui permettaient pas de défendre l’indépendance des peuples révoltés et de blâmer des interventions armées dont il avait lui-même donné l’exemple. Il devait donc en public, du moins, approuver la manière de voir de la France. Mais il partageait au fond les sentimens de lord Castlereagh, et si les Français intervenaient en Espagne, il craignait également leur triomphe et leurs revers : leur triomphe, parce qu’il sentait bien qu’alors la France reprendrait en Europe une influence que l’Autriche redoutait extrêmement, surtout en vue de ses possessions d’Italie ; leurs revers, parce que le flot révolutionnaire espagnol, vainqueur, menaçait de tout envahir.

Par suite des dispositions de l’Angleterre et de l’Autriche, dont la Prusse suivait la politique, le cabinet français, ne pouvant espérer exercer en Espagne une influence utile par une action collective, résolut de suivre exclusivement les inspirations de sa politique particulière. Sans rompre ouvertement avec le cabinet espagnol, il remplaça le duc de Laval, ambassadeur, par le comte de La Garde avec le simple grade de ministre plénipotentiaire ; et la fièvre jaune s’étant déclarée en Espagne, il établit sur la lisière des Pyrénées, sous le nom de cordon sanitaire, un corps d’armée d’observation, destiné en apparence à préserver notre territoire de la contagion, mais on réalité à surveiller les menées des révolutionnaires espagnols.

C’est à ces mesures expectantes et prudentes que le cabinet du duc de Richelieu crut devoir se borner vis-à-vis de l’Espagne. L’effet ne répondit pas à son attente. Les instructions données à M. de La Garde lui prescrivaient de s’entendre avec le parti modéré