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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/544

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M. Dupin pour la Chambre des députés. Dès lors, le congrès de Vérone et l’expédition d’Espagne furent enveloppés dans la même réprobation. La légende était créée : on en a vécu depuis lors ; et il fallait être un peu téméraire pour justifier une entreprise frappée d’un tel discrédit.

Chateaubriand l’a essayé, pourtant, en 1838, dans son ouvrage sur le Congrès de Vérone : mais le succès n’a répondu qu’imparfaitement à son attente ; et on le comprend, quand on le lit. Il défendait son œuvre et, à ce moment, les passions étaient trop excitées contre la Restauration pour qu’on lui tînt compte de ses efforts. Et puis, il la défendait avec ses armes habituelles, une ironie hautaine, un parfait dédain de ses adversaires et cette magie de style qui, dans un ouvrage historique, met en garde contre l’authenticité parfaite des souvenirs. Sa personnalité, comme toujours un peu débordante, n’acceptait d’ailleurs la possibilité d’aucune faute. Ce n’était peut-être pas le meilleur moyen de convaincre des lecteurs, qui ont naturellement l’esprit doux, comme tous les gens désintéressés, et vous savent le meilleur gré de les persuader sans violence. Il avait, en outre, bien des ennemis, même parmi ses anciens amis. La Restauration pouvait penser de lui comme le poète :

Il m’a fait trop de bien pour en dire du mal.
Il m’a fait trop de mal pour en dire du bien.

Il ne réussit donc pas complètement dans sa tâche et la légende contraire a continué de prévaloir.

Et cependant, aujourd’hui, en relisant son ouvrage et ses Mémoires d’Outre-Tombe et les confrontant avec d’autres documens contemporains, même avec les Mémoires de M. de Villèle, on demeure convaincu que Chateaubriand a désiré le ministère pour réaliser ce qu’il n’a pas craint d’appeler sa grande idée et même la plus grande idée du siècle, formule présomptueuse sans doute, mais qu’un homme de sa valeur n’aurait pas osé soutenir, quinze ans après les événemens, avec pièces à l’appui, s’il n’avait pas cru pouvoir la justifier. Quelle était donc cette grande idée ? Voyons-en la genèse et le développement.

Ce qu’il voulait, lui et le gouvernement du roi Louis XVIII, mais lui d’abord, nous croyons pouvoir le démontrer dans le cours de ce récit, c’était précisément le contraire de ce que lui ont reproché ses adversaires. Non seulement, il ne désirait pas que la