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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/543

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fut son œuvre et, à notre avis, elle ne pouvait rien faire qui fût mieux en rapport avec les nécessités de sa situation et celles de son origine.

Tout cela n’est plus guère contesté, du moins en principe, même par ceux dont les pères ont, autrefois combattu et renversé Charles X. Un seul point de cette période d’histoire diplomatique est encore sujet à discussion, parce que l’esprit de parti y a mêlé une question intérieure et a concentré tous ses efforts pour la dénaturer. C’est le rôle joué par la France au congrès de Vérone. La guerre d’Espagne, qui en a été la conséquence plus ou moins directe, ayant abouti au rétablissement sur le trône de ce pays d’un des plus tristes souverains dont l’histoire contemporaine fasse mention, et le gouvernement du roi Charles X ayant lui-même succombé sept ans plus tard dans un déplorable coup d’Etat, le parti victorieux en 1830 a eu toute latitude pour réunir les deux œuvres dans une réprobation commune. On ne voulut plus se souvenir que des anathèmes du général Foy et des discussions violentes qui amenèrent à la Chambre des députés l’expulsion de Manuel. On essaya même de faire de la Non-intervention une sorte de dogme politique absolu. Sous l’inspiration du prince de Talleyrand, allant à Londres, comme ambassadeur de la monarchie de Juillet, pour y combattre l’Europe moralement coalisée contre le gouvernement nouveau, cette théorie fut proclamée comme la base nécessaire des relations internationales. Il n’y avait rien sans doute de mieux à faire que de l’accepter à ce moment, où nous étions faibles vis-à-vis de l’étranger, et ce fut un véritable succès pour notre ambassadeur. Si la reconnaissance de ce principe nous interdisait, à la vérité, de nous annexer moralement la Belgique, en acceptant la couronne qu’elle offrait au duc de Nemours, il nous permettait au moins de faire décréter son indépendance. C’était bien quelque chose, et la principale pièce que fournissait à l’habile avocat du gouvernement de Juillet son nouveau portefeuille politique, composé, selon son habitude, en vue des besoins du jour : En venant à Londres, il avait fermé l’ancien où il aurait pu retrouver le principe de l’intervention, dont il s’était servi quinze ans plus tôt, au congrès de Vienne, comme ambassadeur du roi Louis XVIII, pour faire mettre au ban de l’Europe le revenant de l’île d’Elbe et détrôner Murat. Mais les temps avaient marché et la Non-intervention prévalut, avec la traduction, pour les profanes, de : Chacun chez soi, chacun pour soi, qu’en fit