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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/481

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bien qu’ils fassent acte d’autorité, puisqu’ils sont en quelque sorte abandonnés de l’Europe, dans la situation la plus équivoque qui ait jamais existé. Ils font ce qu’ils peuvent, ils font ce qu’ils doivent, et on ne saurait trop reconnaître l’importance du service qu’ils rendent, en maintenant le statu quo, puisque, d’ailleurs, ce n’est pas à eux qu’il appartient de le changer. L’Europe seule pourrait le faire, et elle ne paraît pas s’en soucier beaucoup. Quant au sultan, il s’en chargerait volontiers, si on le laissait libre. Djevad-Pacha est entré en négociations personnelles avec les insurgés, auxquels il a donné de bons conseils. Il maintient à peu près dans l’ordre les troupes turques. Il fait son possible pour apaiser et pour rassurer les musulmans de l’île, tâche plus difficile. Enfin, il ne laisse échapper aucune occasion de faire quelque étalage, non pas d’autorité ou de force, il ne le peut guère, mais de puissance, au profit de son maître. Il se contente même des apparences lorsqu’il ne peut pas faire mieux. Les correspondances de Crète racontent, à ce sujet, une anecdote, qui n’est pas sans intérêt. Le 18 août est l’anniversaire de la naissance de l’empereur d’Autriche. À cette occasion, une revue des troupes internationales a eu lieu à la Canée et, sur la demande de l’amiral autrichien, la garnison ottomane a été admise à y figurer. Djevad-Pacha a mis un remarquable empressement à se rendre à cette invitation. Il a battu le rappel à la Canée et dans les environs pour réunir tout ce qu’il a pu de troupes ottomanes disponibles, en infanterie et en cavalerie, et, comme les troupes européennes sont dispersées sur plusieurs points de l’île, où elles font face aux insurgés et les tiennent en respect, il a rassemblé sans peine un effectif plus considérable que les amiraux. Ceux-ci, du reste, n’avaient songé à rien de pareil ; ils avaient voulu seulement faire une parade. Il en est résulté que les troupes turques ont été beaucoup plus nombreuses que les troupes internationales à la revue du 18 août, fait insignifiant en lui-même, mais dont les musulmans qui en ont été témoins ont été très frappés. Est-ce pour ce motif qu’il a été décidé ultérieurement que les troupes turques ne figureraient plus aux revues ? Il était un peu tard pour prendre cette mesure : l’effet était produit. La mesure, toutefois, n’a pas tourné exclusivement à l’avantage de Djevad-Pacha. Il y a quelque imprudence à trop étaler les troupes ottomanes. Nous avons dit que l’Assemblée générale crétoise avait demandé leur retrait, en même temps qu’elle acceptait l’autonomie, et comme condition même de cette acceptation. Les troupes irrégulières, en particulier, sont l’objet de plaintes et de récriminations continuelles. Il y a là une question qu’il sera malaisé de résoudre. Presque chaque jour des incidens nouveaux