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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/47

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LE DÉSASTRE.

— Et la chasse à courre de Fontainebleau, quand vous avez reçu le bouton ? Vous m’avez montré la veille votre amazone de drap vert, et vous avez coiffé le petit lampion à plume blanche. Il vous donnait un air crâne et charmant.

Il parlait bas. Son souffle la caressait :

— Je vous revois encore, au dernier bal des Tuileries. Je montais derrière vous le large escalier droit, entre la haie des cent-gardes et la rampe de fleurs. Le bracelet d’opales que vous portiez s’est défait au moment d’entrer dans la salle des Maréchaux.

Elle dit :

— Ce bracelet ne m’a jamais causé que des ennuis. Il sourit :

— Les opales portent malheur.

La loge s’ouvrait : Maxime Judin et M. Langlade entrèrent. Le sénateur s’enquit de la santé de Mme de Guïonic. Et le comte ? Il restait donc en Bretagne, cette année ? Elle prétexta une indisposition de son mari. Mais chacun connaissait le motif de cette absence prolongée. Une Mme de Ploguern, leur voisine, n’y était pas étrangère. M. Langlade ne venait d’ailleurs que pour interroger Du Breuil. Quand embarquaient les chasseurs d’Afrique ? Son fils, sous-lieutenant à Oran, brûlait de partir.

— À cet âge-là, on ne rêve que plaies et bosses !

Le vicomte Judin racontait à Mme de Guïonic les derniers potins. Il releva la tête aux paroles du sénateur, et dit d’une voix joyeuse :

— Certainement ! Tu sais, Pierre, je viens de m’engager.

Il jouit de l’effet produit. On le félicitait.

— Le colonel du 93e consent à me prendre.

— Le 93e ? Mais c’est le régiment de mon cousin Védel.

— Tu me recommanderas, fit Judin en riant.

Au fait, riche, titré, jouissant d’une sinécure au quai d’Orsay, pourquoi s’engageait-il ? Par chic ; par goût, aussi, d’action et d’aventures. Et puis, il était las de faire la fête.

— Bah ! conclut-il, une petite promenade sur le Rhin !

D’Avol parut. Il venait offrir ses respects à Mme Le Prêcheur. Il s’inclina profondément devant Mme de Guïonic, à laquelle on le présenta. Judin et Langlade avaient pris congé. D’Avol ne resta qu’un instant, on frappait les trois coups. Il étreignit nerveusement la main de Du Breuil.