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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/462

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Revue littéraire – La Préface de Cromwell, à l’usage des classes [1]


Y a-t-il encore des gens qui reprochent à l’Université son esprit de routine et sa méfiance à l’égard du temps présent ? Il doit y en avoir, car les mêmes clichés servent longtemps ; mais ils se trompent. Ce qui caractérise l’Université d’aujourd’hui, c’est la tendance justement contraire. Les nouveautés la séduisent. Elle met sa coquetterie à être moderne. Ce n’est pas assez de dire qu’elle a le goût du « modernisme » ; elle en pousse le culte jusqu’à la superstition et la passion jusqu’à la fureur. Soucieux du qu’en-dira-t-on, l’oreille tendue aux propos du monde, attentifs à l’opinion des politiciens et des journalistes, et craignant par-dessus tout d’avoir « l’air professeur », les maîtres de notre jeunesse tiennent à prouver qu’ils n’ont pas de parti pris contre les idées du jour et qu’ils marchent avec leur siècle. De là vient qu’ils changent si souvent leurs méthodes et remanient si fréquemment leurs programmes. Consultés naguère sur la question de savoir s’il convient d’expliquer dans les classes les ouvrages des grands écrivains de la première moitié de ce siècle, ils ont répondu sans hésitation que cela convient parfaitement. Car les Lamartine, les Victor Hugo, les Michelet, n’ont-ils pas le droit de tenir leur place à côté des Corneille, des La Fontaine, des Bossuet ? et qui conteste aujourd’hui leur génie ?… Nul ne le conteste, en effet ; mais aussi n’est-ce pas là le point qui est en discussion. On admet la valeur d’art de leurs livres ; s’ensuit-il qu’ils aient au même degré la valeur d’enseignement et la vertu éducatrice ? Qu’on veuille bien y réfléchir, attendu que l’affaire en vaut la peine et que les intérêts en jeu sont assez graves. La

  1. La Préface de Cromwell. Introduction et notes par M. Maurice Souriau. 1 vol. Société française d’imprimerie et de librairie.