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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/452

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Berlin en même temps qu’à Copenhague : on les traduit dans toutes les langues, et je pourrais citer des critiques russes, hollandais, voire français qui en parlent avec au moins autant d’enthousiasme que M. Félix Poppenberg. Le Danemark, grâce à lui, est en train de se substituer à la Norvège dans l’admiration de l’Europe, réalisant ainsi un vœu qu’il exprimait lui-même, le plus ingénument du monde, l’année passée, dans un article de la Neue Deutsche Rundschau. « Nous autres Danois, disait-il, nous avons la conviction de mériter autant que les Norvégiens qu’on prenne garde à nous. Quand l’Europe daigne abaisser son regard sur les pays Scandinaves, c’est la Norvège qu’elle aperçoit au premier rang : mais cela provient de ce que les Norvégiens, plus adroits que nous et plus entreprenans, ont seuls eu le courage de faire appel à l’Europe. Et moi, Danois, je dis maintenant aux lecteurs de l’étranger : « Quand vous daignerez encore abaisser vos regards sur les pays Scandinaves, ne manquez pas de prendre garde au Danemark ; c’est lui qui vous paraîtra le plus proche de vous. »

L’Europe s’est rendue à cette invitation. Et si peut-être M. Ibsen et M. Biörnson restent plus fameux que M. Nansen, certainement du moins on ne lit pas leurs livres autant que les siens. En Allemagne surtout, sa popularité grandit de jour en jour. Ses romans ont beau être tirés à plusieurs éditions, il faut les attendre des semaines entières, dans les cabinets de lecture, avant d’être enfin admis à les lire. La presse, d’autre part, est unanime à les louer. « Peter Nansen, disent les Nouvelles de Hambourg, est un poète d’une originalité merveilleuse, un vrai minnesinger qui nous fait entendre, dans sa prose rythmée, des accords jusque-là ignorés de nous. » La Revue de l’Allemagne de l’Est déclare que ses romans abondent en beautés si profondes et si nouvelles qu’on ne voit guère personne qui puisse lui être comparé. La Gazette de Francfort admire la façon dont « toutes les pages de son œuvre débordent de tempérament et de flamme, et dont une adorable naïveté s’y mêle aux sentimens les plus raffinés de la super-culture. » La Gazette de Voss affirme que ses livres « appartiennent à la catégorie si rare, et d’autant plus précieuse, des petits livres du cœur. » Ce n’est ainsi qu’un concert de louanges, et tel que depuis longtemps on n’en avait pas entendu. M. Nansen est, décidément, l’écrivain à la mode. Quatre ou cinq ans lui ont suffi pour prendre, dans les pays Scandinaves et germaniques, une situation analogue à celle qu’occupent, en Italie M. d’Annunzio, et M. Couperus en Hollande. Et tôt ou tard, sans doute, sa célébrité essaiera de pénétrer jusque chez nous, où déjà une « jeune revue » a publié la traduction d’un de ses romans. D’où