Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/445

Cette page n’a pas encore été corrigée


m’en fier à la rumeur publique pour déprécier un homme aussi illustre, mais j’aurais besoin pour le juger de le voir chez lui et, s’il est possible, de m’entretenir avec lui. Je ne me rappelle pas avoir vu physionomie plus extravagante que la sienne, et il y a dans cet homme si déguenillé et si grossièrement vêtu je ne sais quoi d’étrange qui serait de nature à le rendre ridicule. » Rubens, on le voit, ne se laisse pas prendre aux réputations et, sans accepter les opinions toutes faites, il veut avoir avec les gens un commerce personnel avant de les juger. ¬¬¬

V

Dans cette lettre aussi bien que dans celle qu’il a écrite la veille à Dupuy, l’artiste exprime le très vif désir de regagner bientôt sa demeure « où sa présence serait si nécessaire. » L’accueil qu’il reçoit à Londres ne lui fait pas oublier son cher foyer. Il est pourtant très apprécié par le roi et par l’aristocratie anglaise : le comte Carlisle le promène journellement dans son carrosse ; les ministres et les plus grands personnages donnent pour lui des fêtes et un jour qu’il s’était rendu avec son beau-frère Henri Brant à Cambridge pour y visiter l’Université, le Conseil lui a conféré la plus haute distinction dont il dispose en le nommant Magister in artibus. Mais ces distractions ou ces honneurs sont loin de compenser à ses yeux le désœuvrement d’une existence pour laquelle de moins on moins il se sent fait. La nouvelle qu’il a reçue de la maladie de son fils ajoute encore à son impatience de retour, et le 15 décembre 1629, dans une lettre à son ami Gevaert, après l’avoir remercié de la sympathie affectueuse qu’il témoigne à ce jeune homme, il lui exprime tous ses regrets du surcroît de travail que l’absence de Brant lui apporte dans l’expédition des affaires municipales et le prie de patienter un peu jusqu’à leur retour à tous deux, qu’il souhaiterait le plus prochain possible. Afin de le hâter de son mieux, il insiste auprès d’Olivarès sur la nécessité de faire en vue d’un accord toutes les concessions qu’il croira convenables. « Je n’ai, dit-il, ni le talent, ni la qualité pour donner des conseils à Votre Excellence ; mais je considère de quelle importance est cette paix, qui me paraît le nœud de toutes les confédérations de l’Europe et dont l’appréhension seule produit aujourd’hui de si grands effets. » Malgré ces instances, le départ des plénipotentiaires