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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/432

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il n’avait pas manqué de recommander à Rubens de s’enquérir des éditions nouvelles de ces écrits qui auraient été publiées en Espagne. Au début de sa lettre, une des rares qu’il ait écrites en flamand, l’artiste s’excuse de ne pas répondre en latin à la missive que son confrère lui avait adressée en cette langue : « Mais il ne méritait pas l’honneur que celui-ci lui a fait et il s’est tellement rouillé dans toutes les nobles études qu’il aurait à demander grâce pour les solécismes qu’il ne manquerait pas de commettre. Il le supplie donc d’épargner à son âge un exercice réservé à la jeunesse et auquel il était autrefois rompu. » Malgré tout, il entremêle au flamand de sa lettre d’assez longs passages d’un latin très correct. Il aurait bien voulu pouvoir collectionner pour son ami les textes des diverses éditions des Douze livres de Marc-Aurèle. « On lui affirme avoir vu dans la célèbre bibliothèque de Saint-Laurent (à l’Escorial) deux manuscrits portant ce titre ; mais d’après ce qui lui a été dit de leur poids et de leur apparence, par un homme d’ailleurs fort peu grec en ces affaires, il croit qu’il ne s’agit là de rien de bien neuf, ni de bien important, mais d’ouvrages déjà connus et répandus. » Sachant qu’il peut se confier en toute sûreté à Gevaert, Rubens s’explique avec une entière franchise sur la gravité de la situation politique en Espagne, où, à l’occasion des revers essuyés récemment, de toutes parts des plaintes et des blâmes éclatent contre les gouvernans. « Il ne plaint, pour lui, que le roi, qui, doué par la nature de tous les dons de l’esprit et du corps, — car il a pu apprécier à fond ce qu’il vaut par un commerce quotidien, — serait certainement au niveau de toutes les fortunes et de toutes les tâches. Mais, avec une confiance excessive dans les autres, il s’est trop défié de lui-même et il porte maintenant la peine de sa crédulité et du peu d’intelligence des autres. » Avant de terminer cette lettre, qu’il est forcé d’abréger par la souffrance et pour laquelle il réclame toute l’indulgence de son ami, il le prie de faire des vœux ardens pour son retour. Puis, dans un élan de tendresse, il lui recommande avec émotion son fils, son cher petit Albert. « J’aime de tout mon cœur cet enfant et je te supplie instamment, toi, le favori des Muses et le meilleur des amis, de vouloir bien, moi vivant ou après ma mort, prendre soin de lui avec mon beau-père et mon beau-frère. »

La satisfaction du désir exprimé par Rubens de se retrouver bientôt à Anvers allait être encore différée et il devait